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Syldric le bretteur


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 Sujet du message: Syldric le bretteur
MessagePublié: 08 Mai 2008, 12:09 
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Syldric souriait. Le contrat qu'il venait de signer allait lui rapporter une belle somme et il allait surtout porter sa notoriété vers des sommets inégalés. Il deviendrait le bretteur le plus célèbre de toute l'histoire du royaume, on érigerait en bonne place une statue portant son nom, on parlerait de lui dans les livres, sa renommée irait jusqu'aux plus lointaines contrées. Il serait celui que les plus riches s'arracheraient et que les dames rêveraient de mettre dans leur lit.
Il était pourtant déjà quasiment une légende vivante, il avait triomphé de nombreux duels et il ne pouvait se promener dans la rue sans que l'on vienne lui parler, le féliciter ou l'inviter à boire un coup à la taverne la plus proche.
Mais pour l'instant Syldric pensait à son prochain combat, il connaissait son adversaire de réputation, un excellent combattant rapide et incisif, mais ne l'avait jamais vu combattre, car celui-ci venait de loin et tout le royaume attendrait bientôt de savoir le lieu et la date du duel.
Perdu dans ses pensées, ses pas résonnaient maintenant dans l'immense hall ajouré par les fines ouvertures percées dans le dôme argenté qui surmontait la salle aux dimensions cyclopéennes. Mais l'endroit était étrangement silencieux, les sens en alerte Syldric sentit la présence des formes dissimulées avant même que celles ci ne sortent de l'ombre. Utilisant à merveille l'obscurité partielle du lieu, les assassins se mouvaient sans bruit, le dos de la lame de leur dague longeant leur avant-bras, pour former un cercle autour de lui. Rejetant le pan de sa cape dans le dos, Syldric dégaina lentement sans perdre ses adversaires des yeux, il savait ce qui lui restait à faire. Avec une rapidité étonnante, il courut droit sur le premier assassin et d'un geste détacha sa cape qu'il envoya sur le visage de son adversaire de droite. Surpris, le sicaire lança une attaque qui manqua sa cible et il ne put éviter le coup de taille qui lui lacéra le bras gauche. Profitant de son effet, le bretteur passa derrière le rideau de ses adversaires et transperça de part en part l'assassin qui s'échinait à se défaire du tissu qui l'aveuglait.
Il sentit dans les mouvements de ses deux adversaires comme une hésitation, ils n'avaient pu surprendre leur cible et le poison mortel appliqué sur leur lame n'avait pas encore pu pénétrer sa chair. Mais ils n'allaient pas renoncer, ils ne pouvaient pas, ils allaient mourir ici et ensemble ils attaquèrent. Véritable virtuose du combat, Syldric exécutait une danse de mort, évitant l'acier aux reflets mordorés dont la moindre blessure l'eut mis à terre en quelques instants. Parant, esquivant, il évoluait gracieux et redoutable sous le regard sévère des anciens rois. Sa longue pratique de l'escrime lui avait permis de connaître les points précis qui trancheraient net les muscles . Quand les gardes arrivèrent, ils trouvèrent les assassins au sol, incapables de se mettre debout et de tenir une arme.
Il aimait ses moments où le temps semblait s'arrêter, il vivait ses instants avec une délectation que même une femme ne pouvait lui apporter. Il avait besoin de voir la mort s'approcher pour se sentir vraiment vivant. Il avait choisi ce métier pour regarder la mort en face, la tutoyer et lui sourire avant de se retirer vainqueur encore une fois.
En quittant le palais, Syldric sourit à nouveau, ce combat s'annonçait décidément prometteur.


Fayn le farfadet

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MessagePublié: 08 Mai 2008, 13:36 
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Safran
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- Connais tu la nouvelle ?
- Non de laquelle parles tu, Dame Argance, la belle méduse qui vient d'arriver au palais ?
- Mais non, ah la la, toi et tes femmes, non, je veux parler de la vraie nouvelle ...
- Et bien vas y, annonce la moi puisque tu es si pressé ....
- Syldric, et bien il est arrivé en ville ...
- QUOI, tu es sûr ?
- Oui, il faut aller prévenir le maitre ... heu à bien y réfléchir, tu ferais mieux d'y aller toi même
- Ah bon et pourquoi moi ?
- Ben c'est TA nouvelle à TOI, pas la mienne, moi je ne le sais pas encore ....
- Bon je vais aller le lui dire ...
- tu sais on dit que c'est un danseur de lames ...
- Un danseur de lames, qu'est ce que c'est ?
- Je ne sais pas bien, mais un trouvère le décrit comme cela, écoute, je me souviens à peu près de ce qu'il disait
Alors que Marinial se lançait dans ses souvenirs, de plus en plus de gens se massaient tout autour d'eux. Syldric était connu, et beaucoup se demandaient qui serait son prochain adversaire. Même Cheebak, le satyre des venelles de la ville basse, commençait à lancer des paris.
Quelques jeunes femmes écoutaient avec attention, elles avaient peur qu'il ne lui arrive malheur, et ne savaient vers qui se tourner pour essayer d'enrayer ces duels qu'elles jugeaient bien trop dangereux...
Marinial demanda le silence et reprit en élevant d'avantage sa voix claire ...
- Majesté des mille abysses, il parcourt les virevoltants artifices, et sait d'instinct parer les coups effilés, de quelques tranchants appendices. Il jongle avec le vent, et dompte les volutes des brumes salvatrices, occupant tout l'espace en moult étranges acrobaties.Sa cape alliée barre les mille coups d'estoc, et il danse, majestueux équilibriste, sur le fil de sa vie, sans que jamais personne ne sache où ferrera le bout de sa lame, pour prendre une vie. Magicien funambule, il glisse sur les alizés se cache, réapparait, dans une danse mortifère. Jonglant avec les ombres, il atteint les âmes sombres, glisse dans la nuit terrassant ses ennemis. Si d'aventure vous le rencontrez, gardez vous de vous défaire de votre gant, car son sourire sera votre linceul blanc.
Au fil des évocations du talent de ce bretteur, les gens se surprennent à sourire, et à trouver ce farfadet sympathique. Les femmes sourient, emportées par le tourbillon extatique de leurs douces pâmoisons, et quelques enfants s'agitent en riant mimant les coups adroits d'une imaginaire rapière.
- Et il est là ?
- Oui, je file prévenir le Maitre ...

Mille bises
Gaêlle

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MessagePublié: 08 Mai 2008, 15:05 
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Glissant sur l'encre opaque du lac souterrain, la barque trace sur le tableau noir aqueux un sillon qui se perd dans l'obscurité. Son passager tout encapuchonné tire sur les rames avec une régularité d'automate. Sentant la rive proche, il manoeuvre et apponte sans un bruit et se glisse hors de l'esquif. Ses pas doux et lents contrastent étrangement avec sa carrure impressionnante, force de la nature aux gestes délicats, il avance dans le souterrain où règne une odeur méphitique. Le ruisselet charriant les immondices coule lentement, couvert de pustules aux relents pestilentiels, même les rats énormes qui peuplent les lieux semblent éviter de s'y aventurer.
A la lueur bleuté de son flacon d'huile pendu à son coup l'ombre avance. Des couloirs, des escaliers, des portes, une porte. Elle cogne deux fois et entre. La salle est presque vide, deux chandelles éclairent chichement les coins opposés et dessinent la silhouette de l'homme qui attendait à l'intérieur. Son allure est frêle, usée mais les reflets de ses atours en disent long sur la délicatesse des tissus qu'il porte. Sa voix est douce, presque féminine mais un voile de vieillesse recouvre les mots.
- Je vous attends depuis un moment, j'espère que vous avez une bonne raison.
Sans l'ombre d'une menace dans la voix, d'un ton monocorde, son interlocuteur lui répond
-Les rats se feront un plaisir de vous dévorer une fois que je vous aurai coupé les pieds.
-Euh...oublions cela, j'ai pour vous une affaire qui vous intéressera surement. J'ai envoyé contre votre prochaine cible, trois assassins qui avaient pourtant excellente réputation. D'après ce que j'en ai su, ils n'ont même pas réussi à toucher leur adversaire.J'ai besoin de vos services, je paierai le prix pour que vous me débarrassiez de ce bretteur de malheur !
-Hummm, celui qui voue sa vie à l'art du duel est un adversaire redoutable, ce que vous me demander vous coutera plus qu'un contrat ordinaire.
-Je paierai ce qu'il faudra. Dites moi votre prix.
- Premièrement je veux cinq mille pièces d'or. Deuxièmement je veux que vous me procuriez l'ouvrage intitulé " Les cinq cercles des abysses " conservé dans l'académie jorniste de la ville. Troisièmement je veux que vous fassiez en sorte que le trait blanc quitte les lieux pour toujours.
- Ce que vous me demandez m'est impossible !!
- Vraiment...? J'en doute fort, je vous sais plein de ressources et de relations. Arrangez-vous comme vous le voudrez mais ce sont mes conditions.
- Vous vous occuperez de ce Syldric alors ?
- Il sera mort avant son combat.
- Vous aurez ce que vous avez demandé.
- Il serait effectivement dommage que votre famille ait à en souffrir...

Un froid glacial s'était installé dans la pièce, l'homme tremblait de tous ses membres, la sueur pourtant lui coulait sur le visage, devant les yeux et ses poings étaient serrés à s'en blanchir les articulations. Il venait de passer un pacte avec le diable mais si Syldric gagnait son duel, s'en était fini de sa carrière et de sa vie. Faire appel à ce tueur était son dernier espoir après la tentative ratée dans le palais. Entouré de vermines, écrasant sous ses pas les insectes fuyant la lumière de sa torche, il avançait vacillant, enveloppé par les relents nauséabonds des égouts. Retrouvant enfin, la surface baignée dans une lueur blafarde, il se surprit à apprécier la vue des ces quartiers miséreux où se mourraient ceux qu'il faisait travailler sans relâche.

Fayn le farfadet.

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MessagePublié: 09 Mai 2008, 20:09 
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Safran
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L'ombre est glacée. Nuit sans lune, qui coule paresseuse dans les limbes de ces ailleurs indécis, qui font parfois pencher les choses du côté de nos peurs.
Syldric est là, assis sous un vieil aulne, son regard est perdu sur l'étang somnolent qui reflète ce reste de nuit, il est calme, regardant s'écouler le temps.
Le temps ! quelle merveilleuse notion pour un bretteur de sa trempe, ineffable espace avec lequel il faut savoir jongler, pour le faire durer jusqu'à perdre haleine. Lorsque les lames fendent l'air, se cherchent, se pressent, se trouvent, se choquent, c'est ce temps qui semble battre à ses tempes, comme une course insolite entre la vie et le trépas. Ces peurs qui nouent parfois la gorge, ces esquives instinctives, qui brulent les vapeurs glauques de la mort en goguette, et son souffle court qui nous frôle et nous attire.
Le temps qui s'arrête lors que la lame mesquine, entre en crissant dans son étui de chair, et le regard torve encore tout plein d'incompréhension de cet adversaire qui s'écroule, en essayant de retenir sa panse qui se répand par devant lui dans des gerbes de sang bouillonants.
Le temps de sourire en essuyant sa lame, et de se dire, "j'ai encore un peu de temps", et les coups sourds de ce cœur qui se calme, doucement, prenant son temps.
Son sourire se fige soudain. Adossé au tronc, il perçoit, plus qu'il n'entend, le frôlement du tissu sur la nature engourdie et glacée.
Refermant ses doigts sur la dague noire qui ne le quitte pas, il attend, soudain empli de curiosité.
Assurant ses chausses, prêt à bondir d'un coup, il s'apprête à voir arriver le coup malheureux, qui le précipitera une nouvelle fois dans un combat incertain, prêt à se battre pour gagner encore un peu de temps...
- Messire Syldric, est ce vous ?
Une voix fluette aux sonorités de miel vient de souffler à son oreille, juste à ses côtés. Il la comprend et la distingue comme tendue à l'extrême, pleine de peur et d'appréhensions.
- Qui êtes vous belle demoiselle, dit il en se levant d'un bond.
- Je me nomme Argance, et je viens vous prévenir de mille nouveaux dangers qui semblent vous guetter ...
- Des dangers, dit il en riant, mais le monde est peuplé de dangers, bien plus redoutables que ces aiguillons empoisonnés, qui semblent me guetter, dit il en écartant délicatement la capuche de la belle, réveillant les serpents endormis, qui se dressent en sifflant.
- Je ne plaisante pas mon doux ami, dit elle en calmant ses venimeux appendices, non non, il s'agit là de votre vie ...
- Diantre, que vous m'intriguez donc gente demoiselle, et quelles sont donc ses menaces qui semblent ainsi peser sur moi ?
- La pire de toutes, Syldric, la pire de toutes ... j'ai nombre d'amis parmi les décombres de cette belle cité, il en est de bien placés, et d'autres dans les sombres ruelles, et c'est d'eux que je tiens cette nouvelle ... IL a fait appel à un sombre rejeton ... et cette démoniaque engeance, l'a quasiment ruiné pour vous éliminer ... et IL a accepté !
- Et qui donc aurait payer ce faramineux tribut ???
- Celui pour qui vous êtes ici !
- Et bien ma foi, vous semblez au courant de bien des choses, belle demoiselle, mais voyez vous, je ne crois pas vous avoir déjà vu, et une telle beauté ne m'aurait pas échappé. Acceptez cette rose, d'un futur condamné ...
Prestement Syldric rengaina son dard, et se saisit d'une fleur, qu'il tendit dans une pirouette à la belle médusée.
Ses dents blanches luisaient dans son sourire, et il était là, charmeur charmant au pied de quelques charmes.
- Je vous en conjure dit soudain la belle éplorée, faites attention à vous, cette fois il ne vous ratera pas !!! et ... je vous aime tellement !!!
Honteuse de son aveu elle se retourna vivement, cachant ses pleurs dans les voiles opaques de sa capeline.
Saisi Syldric s'approcha d'avantage. Il la regarda, la forçant à se retourner.
Ouvrant délicatement sa cape, il écarta les sombres voiles, s'assurant en même temps de la passivité de la belle. Elle n'avait aucune arme, seul ses serpents s'agitaient parfois dans les replis ouatés de sa capuche.
Alors elle se pressa tout contre lui, et la violence de son ardeur le surprit tout à fait.
Puis elle laissa glisser sa capeline, et se montra nue devant Syldric, n'ayant qu'un voile sombre sur ses cheveux de jais.
- Par ma foi, que vous êtes belle ...
A être bretteur on en est pas moins coquin, et il l'attira tout contre lui, tout contre, dans les premières lueurs de l'aube, à côté de l'étang, s'accordant un instant de bonheur, dans sa folle course contre le temps ...

Mille bises
Gaëlle

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MessagePublié: 09 Mai 2008, 22:40 
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Safran
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Jamais plus douce extase ne se révéla à Syldric. Fougueuse étreinte et le contact de sa peau soyeuse l'enivrait. Mille fragrances de stupres, de cannelle et de rose, qui virevoltaient autour de leurs corps épris, dans les douces bulles de rosée, qui maculaient les mousses et les herbes hautes.
Leurs bouches se trouvèrent, scellant un pacte de leurs lèvres mutines, et Syldric se laissa aller à ces instants magiques, qui lui dessinèrent un sourire béat dans cette aube naissante.
Argance était douce, belle et grande, et ses longs cheveux sombres s'échappaient parfois du voile qu'elle ne pouvait quitter. Ils descendaient en boucles sages, jusqu'à ses hanches fermes, et sa peau de velours attisait les ardeurs de notre brave farfadet. Dans les volutes extatiques de miel, de pollen et d'opium, il laissait sa main vagabonder sur les courbes magnifiées de cette belle jeune femme, qui se mourait d'amour pour lui. Descendant ses vallons précieux comme des morceaux de jade, il caressait avec douceur les monticules fiévreux de la belle demoiselle, vestale éconduite qui semblait s'offrir pour la première fois, aux fiévreuses morsures des précieuses caresses. Leurs amours balbutiantes rendaient toute la nature belle, propageant haut et fort les douceurs d'une suave harmonie, rare et précieuse comme un diamant brut.
Le temps semblait suspendu à cette étreinte magique, comme pétrifié par un baiser subtil, qui ouvrait leurs corps comme une clé de sol, sur les portées diaphanes de cette symphonie magnifiée.
Au détour d'un de ces chemins de traverse, qui explorent les corps comme les dunes alanguies et solaires, il trouva la porte de ses délices ultimes, dans la chaleur intime de cette douce méduse.
Gonflé par les vents de misaine, sa vergue dressait haut et fort ses entraves d'albâtre, et il fendit les vagues de leurs extases, tout doucement, sans la brusquer. Accrochés au bastingage, ils se laissèrent rouler par les flots concupiscents de leurs naufrages, et brisèrent, ensemble, les chaines de leurs dernières amares.
Instant magique où deux corps ne font qu'un, ils drossèrent lentement les mille courants de leurs jouissances, toutes voiles dehors, comme par un temps de tornade. Au delà des rives de leurs raisons, perdues, jamais prunelles ne se firent plus belles, car au delà des exquises lueurs de ciel, deux âmes s'accordent et se fondent, dans une harmonieuse quintessence, miroirs incertains de leurs images évanescentes, reflets de deux cœurs qui s'offrent dans un don absolu et sincère, comme un sourire de partage.
Fabuleuse amphore toute d'ophites et de nacre, Argance jouait avec ce mât de cocagne, lui donnant parfois l'impression de le délivrer, pour le reprendre de plus belle, dans les volutes chaloupées de leurs vagues esquissées. Jamais fourreau ne fut plus cruel, pour Syldric le bretteur, qui pour une fois ne cherchait qu'à repousser, les flots iodés de son insatiable vitalité. Coups feutrés, d'estoc et de taille mêlés, il bataillait pour ne point perdre la face, devant cette mer démontée, qui lui brulait le corps et l'âme.
Roulant dans les herbes, haletants et heureux, sous les auspices des premiers rayons solaires, ils scellèrent un instant de magie pure, dans les flots éperdus de ces mille éthers.
Longtemps terrassés, ils errèrent enlacés, dans les perles de rosée qui leurs faisaient scintiller des milliers d'étoiles, comme une voie lactée déposée sur quelques précieux brins de muguet.
Ahuris et heureux, ils plongèrent dans leurs âmes noyées, scellant de leurs lèvres brulantes, quelques onces de ces instants précieux, qui, dès lors, les accompagneraient toujours, comme un morceau de vie arraché au temps qui fuit.
Au loin résonnait une cloche, déjà la vie reprenait sous les venelles et les porches, et dans leurs yeux brillants vivait une petite flamme, seing ardent de leur passion naissante.

[mode carrré blanc off]

Mille bises
Gaëlle mutine

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MessagePublié: 18 Mai 2008, 00:38 
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Tout est silencieux, Syldric dort profondément. Dehors la journée s'achève, le ciel paisible où flottent alanguis de longs nuages gris d'ardoise, se pare de mille nuances de rouge, la faune nocturne doucement s'éveille, les marauds ensommeillés,fauves paresseux et nonchalants, s'étirent et se préparent à sortir en chasse. Mais seul et nu dans son lit de soie douillet, le bretteur endormi rêve à sa belle méduse et à ses formes exquises. Dans sa mansarde luxueusement aménagée, rien ne vient troubler son sommeil récupérateur. Même pas le doux frémissement qui agite le mur de pierre alors qu'il laisse passer dans un trouble éphémère la forme encapuchonnée qui s'approche de lui. Un sourire narquois aux lèvres, l'être regarde le farfadet dormir, la poignée de son arme posée sur l'avant bras. Il relève alors son capuchon et se dirige sans bruit vers les volets qu'il ouvre laissant entrer l'air frais du soir et les bruits lointains de la ville en contrebas.
Syldric lentement s'éveille alerté par la brise qui caresse son corps parcouru de frissons. Il sent aussitôt la présence de son visiteur et d'un geste délicat et mesuré saisit son arme.
- Ah quand même tu te réveilles ! J'ai cru que la belle aux venimeux atours t'avais empoisonné...Pour une méduse, elle est pas farouche d'après ce qu'on m'a dit, faudrait que tu me la présentes. Je plaisante évidemment, tu te doutes bien que je sais qui c'est, n'est ce pas cher cousin ?
C'est une chose que Syldric détestait chez Firlin, il était toujours au courant de tout. Il avait des yeux et des oreilles partout dans la ville, il ne pouvait pas se passer une chose sans qu'il soit au courant dans l'heure qui suivait. Son rôle de cavalier à la cour des miracles lui allait à merveille.Beaucoup craignaient de le voir arriver et mettre à jour leurs petits commerces, certains avaient même changer de cité pour lui échapper. C'était de plus d'après ce qu'il savait un excellent pratiquant de l'Impulsion, mais rares étaient ceux qui l'avaient vu à l'oeuvre, le mystère aidant sa réputation avait grandi. Mais ils se connaissaient depuis l'enfance et leurs jeux sur les toîts, les premières expéditions nocturnes avaient tissé entre eux des liens quasi-fraternels.

- Rends-toi utile et fais nous chauffer de l'eau, j'ai encore dans une boite un peu de ce thé keshite que tu aimes tant.
Une fois vétu Syldric entreprit de rassembler de quoi fumer une bonne pipe de tabac raffiné avant de s'installer dans son fauteuil à bascule qui trônait face à la grande ouverture circulaire d'où il avait une vue imprenable sur la toile bigarré des toîts des beaux quartiers.

- Tu sais j'ai entendu de sales rumeurs concernant l'arrivée d'un gars louche chez les conjurateurs. Apparemment ça s'agite sévère, on dirait qu'ils font carrément dans leur froc et c'est pourtant pas leur genre. Bref de ce que j'en ai appris auprès d'un vieux nain ténébreux qui me devait un service, ce serait un type qui serait moitié démon moitié humain et puis apparemment papa ce serait plutôt du gros démon bien méchant. Bref vu comme il se faisait dessus quand il m'en parlait, si jamais tu dois le croiser fais gaffe à tes fesses parce que mon petit doigt me dit qu'il pourrait bien vouloir te dire deux mots dans un coin sombre.

Syldric, impassible se balançait dans son fauteuil en recrachant en volutes azurées la fumée aux senteurs délicates de sa pipe en bois blanc. Puis se tournant vers son ami, un sourire au coin des lèvres il dit :
- S'il est là pour moi, nous le saurons bientôt. Je ne vais pas me cacher pour lui échapper, j'ai un combat à livrer et je compte bien le gagner.
- Tu ne changeras donc jamais toi, c'est pas un simple humain ce type ! Mais bon que la Dame veille sur toi, merci pour le café.
Attrapant délicatement son danseur, Firlin l'envoie tournoyer dans les airs du bout de l'index. Artiste génial, la petite créature en se mouvant fait apparaître mille étincelles bleutées qui vont se coller sur les mains et les pieds de son compagnon avant de disparaître comme des flocons de neige sur une pierre chaude. Adressant un dernier geste à son hôte, le farfadet s'élance par la grande fenêtre avant de disparaître.

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MessagePublié: 19 Mai 2008, 21:31 
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Safran
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- File, et reviens quand tu arriveras à compter ...
La porte de la vieille auberge résonne dans les venelles de la ville basse, tant elle a été claquée avec violence. Alguère est un vieil homme, tout le monde sait qu'il n'est pas méchant. Embarqué de bonne heure comme moussaillon dans les eaux turquoises des mers de l'Harmonde, on dit qu'il est revenu seul, un soir d'hiver, les cheveux déjà argentés, chantant des airs familiers et coquins, seul rescapé de son navire. Il aurait abordé dans une ile magnifique, que bien peu de gens doivent connaitre. Il y pousserait des arbres immenses, et les merveilles seraient innombrables.
Il raconte qu'il aurait chevauché les vents pour revenir en ces lieux, et que cela ne lui aurait pris que quelques jours.
Bien sûr, personne ne l'a jamais cru, le prenant pour un écervelé, qui aurait perdu son âme en se laissant dériver sur une vieille planche durant de longues semaines, avant de retrouver par miracle, la terre ferme.
Las de ne pas être cru, il s'était alors réfugié dans les alcools forts, et arpentait consciencieusement, tous les soirs, les quartiers de la ville basse, à la recherche de quelques pièces, quelques larcins et beaucoup de chopes...
L'ombre avance à pas mesurés. La démarche souple et féline, laisse présager bien des ressources à cet être tout vêtu de noir, dont les traits se dissimulent dans les plis du col de sa cape, tout ourlé de soie. Il glisse plus qu'il ne marche, épousant les contreforts et les angles des vieilles rues sales, avec une dextérité impressionante. Ses larges bottes ne font pas le moindre bruit sur les pavés disjoints. Il porte un élégant chapeau haut, dont le rebord en satin, enveloppe le regard noir et perçant de cet étrange homme pressé.
Il a une grande canne, qu'il ne pose pas à terre, semblant ne pas en avoir le moindre besoin pour marcher.
Quelques vacillantes lanternes, éclairées en amont de la venelle, enveloppent son ombre mouvante de mille volutes de mystères et de craintes.
Il fait presque froid ce soir. Au loin une cloche résonne étrangement, comme un métronome engourdi, qui bat la mesure au gré des coups de vents, comme une plainte irrévocable et ennuyeuse.
Il approche.
La porte s'ouvre bruyamment, et Alguère se retrouve propulsé au bas des marches.
Il est entouré des flon-flons endiablés de la fête, qui bat son plein au coeur de l'auberge. Puis dans un terrible craquement la porte se referme sur les injures du tavernier excédé.
Alguère vole contre une marche en granite, qui lui ouvre le front. Sent il encore quelque chose vu son état d'ivresse avancé ?
Il essaye de beugler une ritournelle maladroite, que semblent étouffer les murs crasseux et vides.
Rapide comme l'éclair, l'homme élégant fait un pas d'esquive, afin d'éviter la brusque irruption du mendiant.
Un éclair brille un instant dans la venelle étroite, happée par la lumière maladroite d'une vieille lanterne, la lame effilée a déjà fait son macabre office. Dans un ample mouvement soyeux, le couperet a saigné le cou de l'imprudent marinier, sans un bruit, presque au ralenti.
Il n'eut que le temps de lever le regard sur cette ombre narquoise, sentant confusément la vie quitter son corps, essayant, maladroit comme à l'accoutumée, de retenir les sombres et chauds bouillons de son sang qui se vidait.
En expirant son dernier souffle de vie, il aperçu un sourire satisfait sur le visage de son bourreau, alors que celui-ci essuyait distraitement sa lame effilée. dans les plis de son manteau maculé.
Relevant la tête, l'ombre reprit sa route, rengainant son couteau dans un étui de soie.
Il marchait vite, et se dirigeait sans mal, même lorsque la lumière devenait rare. Il savait où il trouverait Syldric le bretteur, et courrait vers sa proie, impatient et heureux, peinant à contenir son excitation.
Derrière lui, les voiles lugubres et mouvants des volutes de nuit, dansaient de muettes sarabandes...

Mille bises
Gaëlle

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MessagePublié: 08 Juin 2008, 19:37 
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Perdu dans la contemplation des ronds de fumée qui s'envolent doucement, Syldric ressent monter en lui la conscience enfouie en son sein, cette volonté surgie du passé qui renaît par moment, l'envoyant voyager dans un passé agité. Il lutte de toute ses forces car il n'a pas envie de s'abandonner, de perdre pied, de laisser quelqu'un d'autre le dominer. Il se bat incapable d'empêcher le flux de briser la digue qu'il s'évertue à maintenir comme le dernier rempart de sa conscience mais il est trop tard, il se sent faiblir, sombrer lentement et inéluctablement dans un tourbillon sans fin.
Des cris lancés comme des testaments résonnent, le bruit des chairs qui se déchirent, des membres qui se brisent emplissent le château. Partout des cadavres ensanglantés, des blessés agonisant dans le froid mordant de l'hiver. Les assaillants inexorablement avancent vers le dernier étage du donjon, animés de colère et de haine, ils montent, engoncés dans leurs armures d'acier ténébreux, l'arme à la main à la rencontre des derniers soldats épuisés. La mort les attend mais pourtant ils ne reculent pas, ils se battront jusqu'au bout contre les démons venus tuer leur seigneur. Ils entendent sa voix qui les exortent à tenir jusqu'au bout,lui même se bat là haut entouré de sa garde personnelle. Sans peur, ils s'apprêtent à retenir ces tueurs venus des abysses, résolus à faire couler le sang comme des rivières pourpres.
Dernier combattant encore debout,il est là face à ses adversaires qui l'observent et se rassemblent pour la curée. Le souffle court et les membres lourds, il les regarde sans broncher, défiant du regard les émissaires ténébreux. Alors que le dernier assaut s'avance, une lueur chaude et puissante se diffuse autour de lui; apeurée la meute recule et gronde de colère. Mais soudain, se frayant un passage parmi la masse, une forme massive à la démarche gracieuse s'avance et pénètre dans la lumière qui hésite à recouvrir son armure plus noire que la nuit. Sa lame ensanglantée brille de reflets inquiétants qui dévoilent les runes étranges qui la parcourt. L'être au visage à la beauté frappante et la peau d'ébène dévoile dans un sourire carnassier des crocs blancs comme la nacre.

- Maintenant que tout le monde est mort, je vais pouvoir m'occuper de toi. Une fois ta tête plantée au bout d'une pique, j'irai trouver ta famille dans sa cachette et je demanderai à mes hommes de faire durer le plaisir. J'ai tellement de mal à trouver des choses qui me divertissent désormais, je frémis à l'idée de ces heures qui promettent d'être divertissantes.

- Tu ne les trouveras jamais ! Et même si c'est le cas ma femme sait ce qu'elle a à faire...A présent montres moi ce que vaut le fils bâtard d'un obsidien en combat singulier.

Les mains agrippées sur le fauteuil, Syldric reprends conscience, la tête lourde. Sa chambre cesse petit à petit de tourner autour de lui, il rassemble toute sa volonté pour reprendre le dessus. Il revoit avec précision les passes d'armes dignes des plus grands, les coups terribles d'une précision fulgurante, les frappes mortelles à la puissance démoniaque, pour la première fois de sa vie il doute en sentant l'acier maudit s'enfoncer et bruler les chairs. La peur sournoisement s'insinue en lui comme un poison pernicieux. Syldric se lève et s'approche de la fenêtre par laquelle il peut contempler la ville dans sa robe de soirée et ressentir son coeur battre comme une musique apaisante. Alors dans une profonde inspiration, le farfadet se laisse aller dans la mélodie rassurante qui comme un vent frais chasse au loin sa peur de mourir . Il sait maintenant qui est son adversaire et pourquoi il est là.

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MessagePublié: 08 Juin 2008, 22:20 
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Safran
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L’air frais lui fait du bien. Les chats dégringolent les toitures en feulant dans l’ombre, comme poussés par d’étranges sarabandes.
Syldric regarde distraitement ces équilibristes, qui sautent si facilement de faitages en terrasses, de terrasses en balcons, sans jamais manquer leurs cibles. Aériens funambules, ils dansent dans la nuit sans lune, comme mus par une magie tenace.
Au loin quelques arbres s’agitent, dérisoires et subtils, guettant l’improbable averse, qui tarde tant à venir.
La nuit plaque la poussière dans les grises venelles, une dizaine de corbeaux chantent un psaume funeste au dessus des greniers de la ville. La nuit s’alanguit doucement, refermant ses ténèbres et étouffant ces cris.
Tout semble désert. Plus un bruit. Sur les toitures vides glissent les derniers entrechats de quelques noctambules libellules.
Syldric se tait. Il se laisse prendre dans cette quiétude nouvelle d’une nuit qui s’avance. Parfois le temps s’arrête, pas longtemps, mais suffisamment pour épouser quelques souvenirs tout empreints de magie. Argance … belle à couper le souffle, et ses mille fragrances de stupre qui l’entouraient à faire tourner la tête…
Mais quel est donc cette soudaine inquiétude ?
Parfum de cannelle, dans cette nuit noire, triste à en mourir…
Tout est figé.
Tout ? … Non, presque tout !
Une ombre semble danser sur les vieux murs.
Pas un bruit, rien d’autre que ces mouvantes circonvolutions, qui filent dans la nuit.
Syldric doit sa vie à cet étrange sixième sens, qui le met en éveil dès qu’il se passe quelque chose d’étrange, quelque chose qui ne cadre pas avec l’ensemble. Alors son cœur bat entre ses tempes, et il sait que sa vie est en danger.
Toujours cet enivrant parfum, l’ombre s’arrête. Pourtant il ne voit personne dans la ruelle.
Pas une seule source de lumière.
D’où vient se prodige ?
Que se passe t il donc ?
Quelle tisseuse est donc entrain de finir son ouvrage ? Comme une vie qui s’achève sur la toile des destins.
D’un bond il se redresse tout à fait. Maintenant il sait !
Il court saisir sa rapière, et s’approche de la fenêtre.
Tous ses sens sont en éveil.
Comme une peur tenace, un instinct lointain qui le pousse à se défendre.
Soudain il tressaille ! Debout sur le toit d‘en face, un homme de haute stature le regarde, impassible, tout habillé de noir, enveloppé dans une cape il semble sourire.
Il dévisse une sorte de grande canne, rehaussée d’un pommeau brillant de mille feux.
LA source de lumière …
S’accroupissant un instant il sort une longue lame d’une noirceur absolue, sur laquelle semblent courir des milliers de flammèches.
L’ombre se redresse, ses yeux d’un rouge absolu semblent fixer Syldric d’un air amusé.
Il murmure, et pourtant sa voix résonne dans la tête du bretteur :
- « Je suis fort aise que vous soyez debout, il m’aurait été pesant de vous tuer dans votre sommeil, au milieu de vos rêves … » Il sourit franchement, et sans prendre le moindre élan, saute du vieux toit d’en face, jusqu’à la fenêtre de Syldric,
Il semble entouré d’un halo glacé, pareil à un linceul, et se campe fermement sur l’appui forgé qui protège le balcon.
- « T’ai je contenté Syldric, la nuit dernière, lorsque je m’abreuvais de tes pouvoirs à la faveur de la lune ?
J’aime être Argance, et je sais que tu l’apprécies quelque peu …
J’aime les épices de cannelle et le parfum des roses, mais ce que j’aime par dessus tout, vois tu, c’est de prendre part au ballet des masques …
Il est temps d’en finir, maintenant, je t’ai donné ce plaisir qui te fait vivre si dangereusement, à moi maintenant de reprendre mon dû ! »
Joignant le geste à la parole, il arma sa main de son épée mortifère, qui lançait comme des gouttes de lave en fusion, venant s’écraser sur le sol de la chambre, dans une suffocante odeur de souffre.

- A toi l’honneur, bretteur, qu’on en finisse vite ! »

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MessagePublié: 11 Juin 2008, 01:20 
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L'heure est venue, l'adversaire mille fois imaginé en pensée est là. Puisant au plus profond de son être, Syldric va chercher toute la puissance des Muses et comme par défi sa lame effilée s'embrase, parcourue de flammèches. Il connait l'endroit par coeur, chaque recoin, chaque angle et c'est sa seule chance de s'en sortir. Les yeux de noirceur absolue de son adversaire l'observent et le sondent. Sans la volonté ardente qui réchauffe son âme il serait terrifié mais il fait barrage et poursuit sans flêchir le duel de regard des deux combattants. Las d'attendre, l'être s'avance comme un fauve et le combat s'engage. Un tourbillon de lames secoue la pièce, les passes d'arme s'enchainent à une vitesse vertigineuse, chaque coup porté par le demi-démon trancherait Syldric en deux mais celui-ci maîtrise à merveille le combat acrobatique et esquive l'acier maudit en virevoltant tel un acrobate à travers la mansarde. Mais il sait bien que la fatigue le gagnera bientôt et qu'il doit frapper au vif alors il profite de sa petite taille et tel un chat il fond sur sa proie sans que celle-ci ne puisse répliquer. Mais son adversaire possède une expérience du combat dont aucun mortel ne peut se vanter, ses coups passent de plus en plus près, ses parades sont d'autant plus efficaces.
Fourbu, Syldric regarde son adversaire lui sourire, un sang noirâtre coule de ses blessures mais il ne semble pas en souffrir. Syldric a mal, l'entaille qu'il a reçu à l'épaule le brûle comme si un feu prenait naissance dans sa chair, la douleur fait perler des gouttes de sueur qui lui brouille la vue.
Il repense à Argance, à ces moments salis, comme un viol, il songe à ce qu'il est advenu de la véritable méduse, morte surement. Sentant la colère monter en lui, il se lance alors dans le dernier mouvement de la danse de mort, celui qui amènera à la fin du combat dans un sens ou dans l'autre.
Prenant appui sur les murs, il se met à courir et bondir droit sur son adversaire le bras armé en arrière. Son adversaire, décidé à en finir, anticipe la parade qui amènera la riposte immédiate et mortelle. Mais le farfadet dans un mouvement d'une extraordinaire précision plante la pointe de son arme dans la lame maudite et se sert de ce point d'appui pour exécuter une pirouette qui l'amène accroupi dans le dos de l'être ténébreux. Vif comme l'éclair, Syldric plante sa rapière enflammée dans la nuque offerte. Malheureusement il n'a pas le temps d'esquiver le coup de coude d'une puissance phénoménale qui l'envoie voler sur le sol. Le demi-démon, fou de douleur, arrache l'arme plantée dans sa gorge tout en poussant un cri terrifiant qui fait trembler les murs de la chambre. Il s'approche alors de Syldric, qui paralysé par la douleur, tente de se relever tout en essayant de distinguer autour de lui les yeux recouverts de sang et de sueur. Il peut entendre le souffle rauque presque mécanique de son bourreau, il sent l'odeur acre du sang noirâtre qui coule telle une cascade d'encre de sa gorge ouverte. Il voit enfin alors les pas hésitants et titubants de son adversaire qui dans un dernier râle s'effondre sur le sol. Très vite son corps semble se vider de son essence vitale et se désseche jusqu'à devenir poussière noire au milieu de ses vêtements. Seule reste l'épée térrifiante et magnifique, oeuvre d'art des forgerons des abysses, qui semble trôner dans la pièce comme le bijou que l'on vient admirer.
Ramené à lui par la douleur, Syldric prends lentement conscience de ce qu'il vient de réaliser et doucement il se met à sourire.

Fayn le farfadet

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MessagePublié: 12 Juin 2008, 20:26 
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Safran
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Tout s’était passé si vite.
Syldric était chancelant, épuisé mais une sourde envie de rire lui tenait au ventre.
La mort était sa compagne depuis tant de temps, mais aujourd’hui il avait frôlé les rives mortifères, comme jamais encore il ne se l’était permis.
Une douleur lancinante l’arracha à sa satisfaction. Il essaya de regarder sa plaie, mais son épaule ne bougeait plus, semblant ne plus répondre à ses incitations.
Il voyait bien que sa peau changeait de couleur. Elle devenait toute marbrée de noir, comme une toile d’araignée, qui s’étalait de plus en plus.
Chaque once de sa peau ainsi meurtrie, ne lui appartenait déjà plus.
Stoïque, il arrêta sa peur, et se rapprocha de la fenêtre.
Le combat avait été rapide, rien ne semblait bouger dans la rue.
Il s’appuya à la rambarde, l’air absent. Son esprit s’évadait, il revoyait sa vie avec lenteur, son enfance, ses amours, et la belle Argance, dépossédée de son âme, qui avait su lui donner tant de plaisir.
Il sentait confusément sa blessure gagner du terrain, son corps endolori semblait s’effacer doucement, et les sensations d’être libre et vivant s’amenuisaient en cadence.
Il regarda ce bel Harmonde, pour lequel il avait donné sa vie, cette inspiration, ce don magnifique qu’il avait reçu, et qu’il n’avait eu de cesse de mettre au service de ce combat contre l’ombre et le masque.
Non, décidément il ne reniait rien de sa vie d’aventure, il s’était donné corps et âme à son talent de bretteur, avait maintes et maintes fois échappé au masque de la Mort, mais aujourd’hui, il sentait confusément qu’il ne serait pas le vainqueur.
Il se retourna doucement, son dos le faisait souffrir maintenant, et cette toile tissait avec diligence l’invalidité de tout son être.
Il regarda l’arme scintillante abandonnée sur le plancher de sa mansarde. Elle luisait faiblement, irradiant quelques volutes néfastes tout autour d’elle.
Ce tas de cendres, qui ne ressemblait plus à rien, cette cape noire, brisée là comme un linceul goguenard, son linceul !
Il s’assit à grand peine sur son lit. Il n’avait pas mal, il sentait simplement son essence, sa flamme le quitter, tout doucement.
Il ferma les yeux et s’allongea, il ne lui restait qu’à attendre, attendre quoi ? Quel chemin empruntera t il pour aller de l’autre côté ?
Qu’y verra t il ?
Qui servira t il ?
Sera t il un agent du masque ?
A moins qu’il n’y ait rien au delà de la mort, rien qu’un tas de cendres, rien qu’un triste vide…

-----

Kyrstarik hurla en regardant les flammes dévorer la connivence.
- Ce n’est pas possible, mais qui est donc ce farfadet de malheur !
Le conjurateur était hors de lui, les murs de son antre résonnaient de toute son ire, et ses serviteurs, apeurés, se faisaient le plus petit possible.
Il allait devoir rendre des comptes.
Lui, que personne n’osait regarder dans les yeux, lui Maître Kyrstarik allait devoir expliquer à son mandant, au palais d’acier, qu’il avait échoué, que ce petit bretteur sans envergure avait occis son plus fidèle serviteur, d‘une chiquenaude.

-----

La musique était douce, comme une mélopée harmonique qui semblait faire de l’équilibre sur le fil de ses jours.
Syldric ouvrit les yeux doucement et les referma aussitôt.
La lumière était incroyablement claire. Depuis l’avènement du manteau de Nocte, les jours n’étaient plus aussi clairs qu’avant, il régnait sur l’Harmonde comme une brume tenace qui ne s’en allait jamais. Aussi une telle lumière, pure et intense était elle extraordinaire. Syldric n’avait pas le souvenir d’en avoir vu pareille de toute sa vie.
Prenant son temps, il ouvrit doucement les yeux pour la seconde fois.
La pièce était blanche. Il y avait une entêtante fragrance de pollen et de miel, qui le réconforta aussitôt.
Se redressant sur l’immense lit, il s’adossa au mur de marbre blanc, et entreprit de comprendre où il pouvait se trouver.
Le décor était simple, si pur qu’il en était beau comme la quintessence de l’Art.
Une table de chevet sur laquelle il y avait un verre de nectar de fruit rouge, qu’il n’identifia pas en gouttant le breuvage.
Une large commode en bois blanc, dont les dorures et les cariatides étaient d’or et de cristal.
Un tableau sur le mur blanc d’en face, montrait un monde pur et harmonieux, où dansaient quatre magnifiques jeunes femmes.
Une table basse supportait un vase contenant de magnifiques fleurs blanches hautes et odorantes, dont les calices ouverts semblaient être faits de soie.
Une porte, close, blanche elle aussi.
Pas de fenêtre, pas de lumière, la pièce irradiait d’elle même cette éclatante clarté.
Son lit était séparé du reste de la pièce par de lourds rideaux de velours, blancs eux aussi, ramenés sur des mâtures de part et d’autre de sa couche, et ondulaient du plafond jusqu’au sol en volutes soyeuses et consciencieuses.
Il n’entendait pas le moindre bruit.
- Est ce donc ça la mort se mit il à penser ?
Il se reprit et entreprit de bouger ses membres.
Son épaule ne lui faisait plus mal, son corps avait repris toute sa vigueur, peut être même plus qu’avant, et il se sentait reposé et vivant, comme après une longue nuit d’amour.
Il se leva. Sa nudité le gêna quelque peu. Il n’y avait nuls endroit où étaient posées ses affaires. Il s’enhardit et ouvrit un tiroir de la commode.
Le meuble était extraordinairement ciselé, des milliers de tiges à peine visibles à l’œil nu, formaient de multiples arborescences, qui ornaient chaque once de ce bel ouvrage, représentant de multiples fleurs, et quantité d’arabesques, et de volutes entrelacées.
C’était purement magnifique.
Le tiroir glissa sans bruit, sans effort.
A sa grande surprise, il trouva profusion de magnifiques vêtements, comme il n’en avait jamais vu auparavant, tant ils étaient souples et fins. Lorsqu’il essaya le premier, il se rendit compte, non sans surprise, qu’il lui allait comme un gant.
Il s’habilla alors, prenant grand soin d’harmoniser les couleurs, afin de ne pas dépareiller dans cet étrange univers de pure harmonie.
Il choisit une belle chemise ample, d’un blanc immaculé, aux mille broderies entrelacées, des pantalons corsaire, de belles bottes de cuir d’une souplesse infinie, et une longue ceinture de soie.
Puis, ainsi vêtu, il referma doucement le magnifique meuble et ouvrit la porte.
Il se trouva dans un long couloir, et dut cligner des yeux tant la lumière était forte maintenant, comme si la chambre d’où il venait, avait été tamisée, pour adoucir la flamboyance de ces lieux magiques.
Il marchait sur un long tapis blanc, sur lequel étaient brodées des scènes bucoliques en fils d’or et d’argent. La méticulosité et la précision de l’ensemble donnaient le vertige.
Il passa devant de nombreuses portes semblables, et descendit un large escalier de marbre, qui donnait dans un patio empli de mille fleurs odorantes et superbes.
La lumière du dehors était telle qu’il devait fermer les yeux à moitié, afin de ne pas être aveuglé.
Soudain une magnifique jeune fille s’avança vers lui, semblant sortir de nulle part. elle était grande, élancée, habillée d’une simple tunique à la blancheur aveuglante.
Ses longs cheveux blonds ramenés en tresses soyeuses et entrelacées, tenaient grâce à des guirlandes de fleurs. Ses yeux bleus et profonds ressemblaient à des lagons.
Elle sourit et, sans un mot, l’invita à la suivre.
Ils déambulèrent quelques instants dans un sublime jardin, le longs d’allées soignées et dallées de lauzes blanches. Puis elle s’effaça dans un sourire, en l’invitant à entrer dans une alcôve fleurie et à demie cachée du reste du jardin. Là, sous un pavillon blanc, une autre jeune femme le regardait arriver avec un grand sourire.
Elle était assise sur un lit de pierre, au milieu de fleurs de glycine blanches, qui tombaient en grappes tout autour d’elle, ajoutant aux suaves fragrances de ce jardin extraordinaire.
Elle reposa un livre, et se redressa pour accueillir le farfadet.
- Je suis heureuse de vous voir en si bonne forme, Syldric le bretteur. Sa voix était semblable à des gouttes de rosée, qui tombent sur un brin d’herbe, cristalline et affable, d’une douceur absolue.
Elle était grande, sa longue robe de taffetas blanc était somptueusement simple, ses cheveux longs dansaient dans son dos, et son regard couleur d’émeraude, conquit Syldric dès le premier instant.
- Je sais que vous vous demandez où vous vous trouvez, mon cher ami, mais sachez tout de suite que vous n’en saurez rien, jamais. Il y a quelques lunes, un sombre complot a été mis en place par quelques tristes éminences, aveuglées par l’esprit corrosif et pernicieux du Masque. Je ne sais pas pourquoi, mais il avaient le projet de vous éliminer coûte que coûte, et, pour cela, ont fait appel à un démon puissant. Ainsi vous deviez mourir, afin de leur permettre d’asseoir leurs forfaitures. Il y a déjà longtemps que vous avez quitté vos proches, vous remettre sur pied n’a pas été une mince affaire, mais vous voilà maintenant en pleine forme.
L’enjeu de ces puissants misérables est tel, que l’équilibre déjà bien précaire de l’Harmonde risque de se détruire irrémédiablement.
Aussi je vous demande votre aide, afin d’essayer d’enrayer cette machiavélique farce. Les forces sont retorses, et il faudra vous garder de trépasser. Mais, mes sœurs et moi vous aiderons tant que nous le pourrons. Heureusement j’ai quelques connaissances qui vous aideront de leur mieux elles aussi. Mais acceptez vous cette offre que je vous fais ?

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MessagePublié: 21 Juin 2008, 11:21 
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Safran
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Les derniers mots de la Dame résonnent encore à mes oreilles, alors que j'ouvre enfin les yeux.
La pièce est blanche, magnifiquement éclairée.
Je regarde autour de moi, tout est blanc, tout est beau tout est merveilleux.

Où suis je ?

J'essaye de me rappeller mes derniers instants ...

Plus rien !!

Est ce là que vivent les rêves ?????

L'Harmonie est sans doute, la quintessence de nos songes ...

[THE END]

Mille bises
Gaëlle

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