Dossier "Les pirates"
 
 
«  HARDI MOUSSAILLON ! »



«Oh ! Oh ! Il serre le vent au plus près, ce particulier là… Que le grand Cric me croque s’il n’a pas l’intention de nous couper la route !… Et il marche rudement bien… Ah ! le voilà qui hisse son pavillon. Voyons cela… ! ! ! …le pavillon noir !… les flibustiers ! Holà !… branle bas de combat !… Tout le monde sur le pont !… Pare à virer, à serrer le vent ! »
Le Secret de la Licorne (si cet album là ne vous a jamais fait rêver, je vous plains)


Forbans, flibustiers, pirates… voilà qui évoque les mers des Antilles, les alizés, le rhum et les abordages sans merci. Mais c’est quoi un pirate au juste ?

 

 

Les pirates, aventuriers des mers :

    Le terme pirate vient du grec « peirates » qui désigne celui qui s’efforce de trouver la fortune par l’aventure, et dans l’esprit des grecs, l’aventure c’était la mer. Dans notre imaginaire collectif, le pirate évoque immédiatement le pirate de l’Ile au Trésor, la jambe de bois, le bandeau sur l’œil et le crochet à la place de la main, les perroquets, les doublons espagnols… Or le pirate est multiple, c’est le hors la loi des mers et la définition de pirate peut s’appliquer à des catégories que l’on a pas l’habitude de regrouper. De même, des termes que l’on considère comme synonymes recouvre en fait des désignations et des mentalités tout à fait  différentes, bien que tous étaient des pirates.

 

 

Les différents pirates :

    J’en recense 7 : naufrageurs, contrebandiers, raiders, barbaresques, flibustiers, forbans et corsaires.


    Naufrageurs
: depuis la nuit des temps, la coutume veut que les épaves rejetées sur la grève soit la propriété de celui qui les trouve. Le manque de cartes précises et d’instruments de navigation fiables rendait le trafic maritime aléatoire, les tempêtes très redoutables et les naufrages fréquents, ceux ci faisant parfois la fortune des habitants des côtes les plus dangereuses. Certains petits malins trouvèrent intéressant d’aider la nature et durant les nuits sombres et/ou les tempêtes, ils faisaient des feux sur la côte, en des lieux dangereux (hauts fonds, récifs, banc de sable) dans l’espoir de voir un navire s’échouer ou faire naufrage. Malheur aux marins survivants, les naufrageurs n’avaient pas l’habitude de laisser de témoins. Cette forme de piraterie exista longtemps sur les côtes les plus pauvres d’Europe (Bretagne, Cornouailles britannique, Finistère espagnol, banc de sables de Frise) au cours du Moyen Age et ce jusqu’au 17e siècle.


    Contrebandiers : c’est également une forme de piraterie existant depuis que l’homme fait du commerce. Le contrebandier transporte des denrées illégales et/ou lourdement taxées. Il est rarement un simple transporteur, mais plutôt un individu qui cherche à maximiser ses profits en cherchant à chaque fois les produits dont la vente en contrebande rapportera le plus. Il peut posséder un navire rapide et léger qui lui permettra de semer les navires de guerre et passer par les passes les plus étroites ou encore un lourd navire possédant des caches secrètes dans ses cales qui se fait passer pour un honnête marchand à moins qu’il ne se dissimule derrière un humble navire de pêche côtière (rarement contrôlé). De façon générale, les contrebandiers sont d’excellents marins et quand ils sont pris c’est généralement par la trahison. Ils sont parfois utilisés « officiellement » durant les guerres pour ravitailler les ports soumis à un blocus naval : la tâche est difficile et requiert un navire rapide et manoeuvrant, mais  en règle générale, la cargaison de poudre est payée à prix d’or. Les forceurs de blocus perdurèrent jusqu’au la fin de la Guerre de Sécession, où l’action des contrebandiers de toute nationalité apportèrent, en dépit de l’accroissement de la puissance navale des USA, armes et munitions aux sudistes et repartaient chargés de balles de cotons en direction de l’Europe.


    Raiders : c’est la forme primitive de la piraterie. Un navire ou un groupe de navires accoste près d’une agglomération peu défendue, les hommes débarquent, pillent l’endroit emmenant le maximum de richesses : métaux précieux ou non, bétail, tissus, esclaves, puis tuait ou brûlait le reste. C’était une pratique courante dans la Grèce antique et tout à fait honorable comme activité (cf les récits homériques) ou, plus exactement, un homme qui allait piller les richesses des autres régions était un héros, mais celui qui venait piller les vôtres était un pirate. L’attaque des navires en mer n’était pas la priorité de ces pirates, mais si ils pouvaient le faire sans trop risque, ils n’hésitaient pas. Eradiqués au début de l’Empire Romain (fin du 1er siècle avant JC), ils réapparurent dans l’Antiquité Tardive (4e-8e siècle : Vandales partant de Carthage, Jutes, Angles et Saxons qui pillèrent la Britannia romaine), mais l’époque la plus fameuse est celle des vikings et leurs « strandhögg » (littéralement : coup sur le rivage) c’est à dire un coup de main contre une agglomération rapide, brutal mais qui ne laissait rien au hasard (repérage des zones d’accostage et prise de renseignement sur les défenses et les biens), véritables « actions commandos » qui semèrent la terreur en occident pendant près de 2 siècles (de 793 à 1080). Réalisés de façon souvent plus aléatoires, les raids des pirates japonais (wako ou wakou, qui avaient la réputation de ne jamais faire de prisonniers), chinois ou malais étaient tout aussi brutaux, voire même plus. Cette forme de piraterie requiert des grandes qualités de navigation, d’organisation et de combat car les raids ont généralement lieu à longue distance et doivent  prendre en compte certains impondérables.


    Barbaresques : en principe, ce terme désigne seulement les pirates musulmans opérant à partir des grands ports du Maghreb (Alger, Oran, Tunis, Tripoli…) et qui attaquaient les navires de commerce chrétiens et qui faisaient des razzias sur les villages et bourgs côtiers entre le 8e et le 19e siècle. Mais on peut aussi classer dans cette catégorie les « pirates » venus de îles grecques et qui , bien que généralement chrétiens, arboraient le pavillon du sultan. De même, certains capitaines sardes, génois ou vénitiens n’hésitaient pas à pratiquer le même genre d’action contre les terres musulmanes, se « trompant » parfois et accostant en Catalogne ou en Provence… Les barbaresques utilisaient des navires rapides gréés en voiles latines, de faible tirant d’eau et légèrement armé. Bien que le gros de leur activité s’établit en Méditerranée Occidentale depuis le début du 9e siècle et jusqu’au milieu du 19e siècle, certains eurent l’audace de pousser des raids en Atlantique, contre les îles des Açores et les îles Canaries mais également en Irlande, en Cornouailles et en Bretagne du début du 16e siècle à la fin du 17e siècle. Au 18e siècle et 19e siècle, ils attendaient les navires de commerce entre les Açores et les ports occidentaux de la péninsule. Cette menace constante provoqua la première intervention américaine hors du continent Nord Américain : en 1803 l’US Navy dépêcha un groupe de frégates pour attaquer les navires pirates et bombarder leurs repaires de Tunis et de Tripoli. Un bataillon de « Marines » débarqua et incendia une partie du port de Tripoli (en souvenir de cette action, les sabres des officiers de l’US Marine Corps a une garde de type « mameluk » au lieu d’une garde classique). Les barbaresques étaient réputé pour leur hardiesse navale, les qualités manœuvrières de leurs navires et leur férocité. La conquête de l’Algérie par la France et la mise sous protectorat du Maroc et de la Tunisie éteignit ce style de piraterie vers le milieu du 19e siècle.


    Flibustiers : c’est l’archétype du pirate hollywoodien ! L’origine du terme flibustier est douteuse (du hollandais vrijbueter signifiant libre pilleur ou de l’anglais flyboat désignant une embarcation de pêche non ponté mais rapide).  Le terme en lui même désigne un type de piraterie bien précise : la flibuste est un cas très particulier car il est très limité :
-    Dans le temps : il débute à la fin du premier quart du 17e siècle, décline vers 1700 pour s’éteindre définitivement après l’accession au trône d’Espagne de Philippe V, petit fils de Louis XV dans les années 1705-1710.   
-    Géographiquement : la flibuste ne concerne exclusivement que les grands et petites Antilles, le golfe du Mexique, les côtes d’Amérique Centrale, du Vénézuela et du Nord du Brésil, à l’exclusion de toute autre zone
-    Dans les cibles : seuls les navires et possessions espagnoles étaient visées (en fait espagnols et portugais, le Roi d’Espagne était également souverain du Portugal à cette époque).
-    Dans l’esprit : les flibustiers ne sont jamais considéré comme des pirates, mais toujours comme des patriotes fidèles à leur souverain respectif, allant même jusqu’à verser « la part du Roy » (10 à 20% du butin) au gouverneur de la Tortue ou de la Jamaïque. 
-    Dans la méthode : les flibustiers étaient une libre association d’hommes constitué dans le but de s’enrichir en faisant la guerre aux espagnols et les attaquant via la mer mais pas forcément en haute mer, et en ce sens, ils sont certainement les aventuriers des mers qui correspondent le mieux au sens strict du mot grec peirates. Les flibustiers n’attaque jamais au hasard, ni ne tentent une simple croisière « à l’aventure », ils n’hésitent jamais à faire des « descentes à terre » contre les ports et les comptoirs espagnols et portugais, parfois même à des longue distance à l’intérieur des terres.

La devise de la flibuste était « point de paix au-delà de la Ligne », c'est-à-dire que même si l’Espagne était en paix avec ses rivaux (France, Hollande, Angleterre), les flibustiers se considéraient comme libre de pratiquer la guerre de course contre les espagnols au-delà des Açores, en raison du Traité de Tordesillas contesté depuis le 16e siècle par François 1er de France et Henri VIII d’Angleterre et leurs successeurs respectifs. En période de guerre, la plupart des flibustiers devenaient des corsaires plus ou moins officiels, bien que les espagnols les aient toujours considérés comme des pirates et pendaient généralement ceux qui tombaient entre leurs mains…bien que les flibustiers hollandais ou anglais puissent parfois être remis aux mains de l’Inquisition car hérétiques, bien que les cas soient rares. 

La flibuste était une société organisé, fondé sur le principe de l’équité entre les différents membre d’un équipage (parts égales entre tous ou parts définies selon les mérites et les responsabilités avant le départ en course, caisse commune pour indemniser les invalides), sur une discipline librement acceptée (jeux d’argent et consommation d’alcool souvent interdit à bord, « tarification » des punitions allant de la simple amende à la pendaison, obéissance stricte pour la manœuvre et le combat) et d’une forme primitive de démocratie (élection du capitaine et des officiers, ceux-ci pouvant être déchu par un vote de l’équipage).

Environ les 2/3 des « vrais » flibustiers furent français, devant les anglais et les hollandais. Curieusement et jusqu’aux dernières années du 17e siècle, il y eu des équipage multinationaux, mais à partir de 1685 les vieilles rivalités franco-anglaises prirent le pas sur la fraternité de flibuste et flibustiers anglais et français échangèrent plus souvent des coups de canons que de salut…à partir de ce moment, la flibuste déclina.

Les flibustiers étaient d’excellents marins aussi bien les capitaines que les matelots (anciens des marines de guerre licenciés, pêcheurs hauturiers, marins de commerce) mais également des hommes audacieux. Mais également brutaux parfois sanguinaires et souvent sans trop de scrupules.

En anglais, c’est le terme Buccaneers qui désigne les flibustiers, mais c’est un faux ami, un boucanier n’est pas synonyme de flibustiers. Le boucanier est aux Grandes Antilles ce que le coureur des bois est au Québec et à la Louisiane, c'est-à-dire un homme qui vit plus ou moins en ermite, tirant sa nourriture et ses revenus de la chasse. Cependant le boucanier ne faisait pas le commerce des peaux mais celui de la viande fumée. Armé d’un mousquet à canon long, parfois à canon rayé, il chassait les cochons, les chèvres ou les bovins que les espagnols avaient introduits à Cuba, à Porto Rico ou à Saint Domingue et qui étaient redevenus sauvages. Après les avoir tué et dépecé, le boucanier faisait sécher et fumer les quartiers de viande sur un support appelé « boucan » par les indiens caraïbes (ainsi au départ faire du boucan, ce n’était pas faire du bruit mais de la fumée et des odeurs fortes). Lorsque les colons espagnols défrichèrent les forêts buissonneuses de Saint Domingue et exterminèrent les cochons sauvages, ils réduisirent les ressources des boucaniers qui furent nombreux à rejoindre la flibuste. Cependant les boucaniers, habitué à vivre frugalement et à savoir faire mouche presque à tout les coups n’étaient pas des marins, loin de là. Mais, traditionnellement hostiles aux espagnols, ils avaient sympathisé avec les flibustiers dès leur apparition, leur fournissant des informations, de la viande, leur indiquant des points d’eau… de cette fraternisation vient l’appellation de « Frères de la Côte ». Ces liens privilégiés accentuèrent la politique des espagnols des détruire les ressources des boucaniers dont beaucoup rejoignirent  les flibustiers. Mais tous les boucaniers ne devinrent pas flibustiers et la grande majorité des flibustiers ne furent pas boucaniers.


Les Forbans : forban vient du vieux français forbanni qui désigne celui qui a été rejeté (ou s’est mis volontairement) en dehors de la communauté. Le forban est le pirate qui attaque toutes les cibles qui lui semble bonne, quelle que soit la nationalité de celle-ci et peu importe la cargaison transportée, tout est bon à prendre : de l’humble cargaison d’une barque de pêche aux trésors en or ou en argent des galions venant du Mexique. Le forban ne s’encombre généralement pas de considérations nationales, tout navire est une proie potentielle, y compris ceux battant pavillon du pays d’origine du capitaine forban. Les premiers forbans (16e siècle) furent portugais et espagnols, les plus souvent des pêcheurs qui s’attaquaient aux navires venant du Nouveau Monde et qui avaient été mis à mal  par les tempêtes. A partir de la fin du 16e, se furent les anglais (Drake par exemple) qui devinrent des spécialistes, bientôt rejoint par les hollandais (les « gueux de mer ») et les français. Durant le 17e siècle, les forbans côtoient les flibustiers dans les Antilles – d’où un amalgame entre forbans et flibustiers, entretenu par les espagnols puis par les anglais- avant d’être chassé des îles par les efforts conjugués des flottes royales vers 1700-1705. Au cours du 18e siècle elle sa concentra surtout le long des colonies anglaises d’Amérique du Nord –avec parfois la complicité de certains gouverneurs qui furent enchantés de jouer les receleurs- jusque dans les années 1750, mais aussi dans le golfe de Guinée où ils traquaient et rançonnaient les navires faisant le commerce triangulaire ou les riches navires revenant des Indes ou de l’Extrème Orient. Vers les années 1710-1720, ils commencèrent à piller les navires circulant dans l’Océan Indien, des petits boutres arabes jusqu’aux « Indiamen » anglais ou hollandais, navires de commerce parfois lourdement armés faisant le commerce au long cours entre l’Europe et l’Asie. En grande partie éradiqués dans les années 1770, ils réapparurent à partir de la Guerre d’Indépendance des USA perdurèrent jusque dans les années 1870 car les navires de guerre avaient alors d’autre chose à faire que de poursuivre les pirates (Guerre d’Indépendance des USA, Guerres de la Révolution, Guerres de l’Empire, Guerres d’Indépendance des colonies espagnoles, Guerre de Sécession) : en Amérique du Nord et dans les Antilles les derniers forbans furent éliminés vers 1830-40, dans l’Atlantique Central et le long des côtes africaines vers 1840-50, dans l’Océan Indien vers 1850-60. Dans le très vaste Pacifique, les derniers forbans furent éliminés vers 1870-1880 et en mer de Chine ou en Insulinde, seule la présence permanente des marines de guerre occidentale et japonaise permit de réduire la piraterie dans les années 1920, sans toutefois jamais la faire disparaître complètement.
   
    Si les forbans furent souvent très audacieux et la plupart du temps de bons marins, ils étaient généralement de piètre combattants et manquaient souvent d’officiers qualifiés en matière de navigation et d’artillerie, surtout à partir du 18e siècle. Si la plupart des flibustiers avaient choisi cette vie volontairement ou furent poussé par les événements, les forbans furent souvent des pirates de circonstances : la plupart d’entre eux furent au départ des matelots de commerce (plus rarement des flottes royales) qui s’étaient mutinés contre leur capitaine –souvent tyrannique- et qui se retrouvaient contraint de mener cette vie de hors la loi des mers, car s’ils étaient pris par les autorité le gibet étaient leur sort. Nombre de forbans se firent passer pour des corsaires lorsque l’occasion se présentait et/ou tentait par ce biais de se refaire une virginité (Henry Morgan, pirate anglais qui finit ses jours comme gouverneur anobli de la Jamaïque), d’autres jouèrent sur les 2 tableaux (Jean Lafitte, français de Haïti devenu pirate, parfois corsaire pour la République, parfois pour les USA, trafiquant d’esclaves et contrebandier).

Parmi les forbans, il y eut des « idéalistes » qui voulurent fonder une nouvelle sorte de société égalitaire, solidaire mais violente et esclavagiste. Une sorte de vision utopique de la piratrie. Vers 1710-1720, il y eut une tentative utopique de créer une nouvelle société à Madagascar, ainsi naquit la colonie de Libertalia qui fut détruite après seulement quelques années d’existence. Teach (Barbe Noire), Lafitte ou Gasparilla rêvèrent également à une société idéale regroupant tous les « parias » de la société en une nation libre et égalitaire et essayèrent de fonder cette cité idéale, en vain. La « philosophie » de ces forbans étaient assez proche des thèses nihilistes et anarchistes qui fleurirent dans la seconde moitié du 19e siècle. Malheureusement pour eux, la plupart de leurs compagnons préféraient l’or et le rhum aux idéaux… Jean Lafitte, enrichi par la piraterie et le trafic d’esclaves, propriétaire d’un vaste domaine dans le Sud des USA fut pourtant l’un des bailleurs de fond qui permit à un certain Karl Marx de publier en Angleterre un manuscrit promis à un destin : « Le Manifeste du Parti Communiste ». Cependant, en dépit de leurs idéaux affiché d’égalité et de fraternité, ces société restait brutales, esclavagistes et fondées sur le principe de la rapine.


Le Corsaire : le corsaire est un pirate qui pratique la guerre dite « de course », c'est-à-dire qu’il obtient ou achète à son gouvernement le droit de « courir sus » les navires civils ou militaires d’une ou plusieurs nations en guerre contre ledit gouvernement. Il n’était pas nécessaire d’être de la même nationalité pour obtenir ces « lettres de marques ». Le « Lettre de Marque » était un document officiel signé par le Roi, le Grand Amiral ou un gouverneur qui stipulait les obligations et attributions du corsaire (pavillons ciblés, lieux de chasse autorisée,  ports de relâche, part du butin revenant à la couronne etc). En fait c’était plus un contrat entre l’Etat et une société privée, mais la présence de cette lettre à bord donnait à l’équipage la statut de prisonnier de guerre en cas de capture. Si au 16e et 17e siècle, les Lettres de Marques étaient le plus souvent délivrées par un gouverneur à un capitaine sans en rendre forcément compte à l’Amirauté et parfois à son seul profit voire de façon douteuse : un capitaine corsaire Danois fut pendu à la Jamaïque parce que ce qu’il croyait une lettre de marque du gouverneur hollandais de Saint Martin n’était qu’une autorisation de chasser les chèvres… Par la suite aux 18e et 19e siècle, la course fut plus réglementée et ce furent directement des sociétés d’armateurs  qui négociaient avec l’Etat pour obtenir le droit d’armer des navires corsaires. La guerre de course pouvait être fort lucrative aussi bien pour l’armateur que pour l’équipage : la règle générale de répartition des prises, en France, est la suivante : 30% pour le Roi, 50% pour l’armateur, 10% pour les officiers, 10% pour l’équipage…mais il y eut des variations en fonction des époques et parfois de l’existence ou non du poste d’Amiral de France ou de Grand Amiral, lequel recevait 10% des prises pour partie sur la part du Roi et sur celle des armateurs. Même si les risques étaient grands pour les équipages, les corsaires n’ont jamais manqués car la valeur d’un navire britannique de la Compagnie des Indes Orientales et de sa cargaison d’épices, de thé et d’étoffes représentaient une richesse importante pour le simple matelot qui pouvait espérer en une ou deux croisières chanceuses avoir assez d’argent pour s’acheter une ferme...au terme d’une bonne croisière un matelot pouvait espérer  encaisser 3 à 4.000 £ alors qu’il fallait 10 ans à un marin de commerce pour gagner 500 £.  Cependant, il y avait une contrainte chez les corsaires français : la présence à bord de chaque navire d’un officier « Commissaire du Roy » surnommé avec mépris « l’écrivain » par l’équipage : souvent un petit nobliau chargé de consigner sur un registre officiel le détail des prises  (parfois jusqu’aux chemises contenues dans le coffre personnel du capitaine du navire capturé !) afin que rien ne soit soustrait au bilan de la croisière lorsque le partage devra être fait.
        Les corsaires sont généralement de très bons marins et des combattants de bonne qualité, audacieux et surtout ils ont tous choisis de faire partie d’un équipage de corsaires parfois par patriotisme mais le plus souvent par appât du gain. Leur motivation est leur plus grande force, car elle les rend capable d’aborder des navires plus puissants que le leurs (les navires des compagnies des Indes, qu’ils soient anglais, danois, hollandais, espagnols ou français, n’ont rien à envier aux frégates de guerre : 30 à 50 canons de fort calibre, une bonne centaine de soldats privés ou appartenant aux régiments du Roy) voire même parfois affronter des navires de guerre, souvent sans succès mais pas toujours.
        Le corsaire est une solution de facilité pour les souverains : des navires qu’ils n’ont pas à entretenir s’occupent de chasser les navires de commerce ennemis, lui permettant de concentrer ses navires de guerre contre les forces navales ennemis. La France en particulier usera pendant près de 2 siècle de cette forme de guerre qui fut détesté par les britanniques qui en furent la principale victime (bien qu’eux-mêmes n’hésitèrent jamais à armer des corsaires… voire même à arraisonner et piller des navires français même en temps de paix), firent interdire la guerre de course en 1815 au Congrès de Vienne puis firent ratifier la mise hors-la-loi des corsaires au Traité de Paris en 1856 (c'est-à-dire qu’un équipage se prétendant corsaire pouvait être exécuté sans procès)…les derniers vrais corsaires furent allemands et sévirent durant la première guerre mondiale dans l’Océan Indien et le Pacifique, mais leur effet fut dérisoire, le sous marin étant beaucoup plus efficace dans le rôle de destruction de la flotte de commerce ennemi.

 

 

Tactiques des Pirates :

        On est loin du stéréotype hollywoodien du duel d’artillerie avant l’abordage, car les pirates sont avant tout des voleurs et cherchent à éviter la bagarre pour profiter des richesses. Et pour capturer une proie ils ont recours à 3 formes de tactique : l’audace, la ruse et l’intimidation :


        L’audace : souvent la marque des flibustiers : on s’entasse à 20 ou 30 à bord d’une grande chaloupe ou d’un navire de pêche assez rapide, et on va rôder près d’un point où les navires viennent chercher de l’eau potable. Dès que la proie est repérer, on attend l’aube ou le crépuscule, on s’approche à force de rames pour être le plus silencieux possible puis on monte à l’abordage en se séparant en 2 groupes : la moitié court s’emparer des officiers, l’autre fonce vers la sainte barbe : les armes du bords sont soit dans les coffres du carré des officiers soit derrières les portes ou les grilles de la sainte barbe où se trouvent également la réserve de poudre, afin que les simples matelots ne puissent s’en emparer pour se mutiner. Une fois les officiers et la sainte barbe sous le contrôle des pirates, l’équipage n’a pour se battre que leur couteau et des armes de fortune et généralement n’est pas très enclin à chercher des noises aux types qui peuvent faire sauter le navire… Maître du navire, les pirates débarquent l’équipage et parfois les officiers et les passagers, ne conservant à bord que ceux qui souhaitent les rejoindre ou ceux qui seraient indispensable pour manœuvrer la prise. Certains flibustiers se firent une spécialité de cette méthode qui ne demandait que du courage et de retour à leur port d’attache vendait leur prise et repartaient en chasse. C’est aussi souvent la première d’une compagnie de pirates.

        La ruse :  se faire passer pour ce que l’on est pas : de très nombreux pirates utilisèrent cette méthode :
- Se faire passer pour des pêcheurs ou caboteurs côtiers et proposer  aux navires que l’on croise de leur vendre du poisson et des fruits frais (produits indispensables à la fois pour éviter le scorbut mais aussi pour maintenir le moral de l’équipage), offre généralement accepté et lorsque les navires sont bord à bord, c’est l’abordage (méthode brutale) ou alors monter à bord du navire avec des paniers de victuailles masquant les armes pour ne les sortir qu’au dernier moment, lorsque l’on est face à face avec le capitaine qui n’a guère d’autre choix que de se rendre (méthode douce)
- Se faire passer pour un honnête navire marchand et demander une aide quelconque à un navire croisé… une partie des pirates portent des vêtements féminins pour faire croire à la présence de passagers tandis que d’autres jouent de la musique, on ne voit aucune arme apparente… en apparence rien à craindre et lorsque les navires sont bord à bord, les sabords du navires pirates s’ouvrent et l’on peut voir clairement les mèches des boutefeu allumé menaçant de vous envoyer une bordée mortelle à bout portant tandis que vos canons ne sont ni chargé ni en position de l’être.
-  Se faire passer pour un navire corsaire en arborant un pavillon de guerre et demander à la proie de stopper pour inspection (un navire corsaire avait le droit de saisir la marchandise provenant d’une nation ennemie même à bord d’un navire neutre), et s’emparer du navire qui pense alors n’avoir rien à craindre.

    L’intimidation :  la peur était la plus grande arme des pirates quelle que soit l’époque. Les vikings ont marqué l’imaginaire de bien des générations alors qu’ils furent pratiquement systématiquement vaincus dès que l’on était capable d’organiser une défense cohérente… le nom de Barbe Noire évoque une brute sanguinaire à la plupart des gens alors que les historiens ne sont même pas certains qu’il ait réellement tuer de ses mains une seule personne… le sinistre Captain Kidd n’était finalement qu’un capitaine corsaire qui fut obliger par ses hommes à pratiquer la piraterie et dont les prises furent bien plus faible que celle dont la légende à garder la trace, en un sens il fut une victime des médias, les gazettes ayant amplifié et déformé ses méfaits… Cependant, la plupart des pirates entretinrent cette réputation de sauvagerie et de brutalité, à la fois par vantardise et par malice, racontant à l’envie dans les tavernes les histoires de navires incendiés avec l’équipage enfermé dans les cales parce qu’ils avaient résistés, celles de tortures infâmes et de meurtres sauvages. De plus, jusqu’au milieu du 18e siècle, chaque pirate avait un pavillon qui lui était propre (celui de Bartholomew Roberts  représentait un pirate avec une tête de mort sous chaque pied portant les lettre AMH et ABH : a martiniquian head & a barbadian head en souvenir des mauvais traitement reçu dans ces 2 îles… le féroce Ollonais avait un squelette tenant un sablier dans une main et un sabre dans l’autre), le pavillon était en quelque sorte le logo de chaque pirate et l’équipage de la proie connaissait par avance ce qu’il risquait en cas de résistance. L’objectif de l’intimidation était simple : conduire la proie à se rendre sans résistance car 
o    les pirates en général, et en particulier les forbans, manquaient de chirurgiens et les blessures reçues en mer terminaient souvent en gangrène les laissant au mieux infirmes et au pire les conduisait à la mort.
o    Les forbans étaient souvent de piètres combattants, parfois mal armé  et un adversaire résolu pouvait facilement les repousser voire même les contraindre à se rendre

L’intimidation commençait dès que la proie était à portée de canon :
1)    l’équipage pirate hissait son pavillon, des coups de feu était tiré en l’air, les pirates montraient et entrechoquaient leurs armes
2)    un coup de semonce était tiré quelques instant plus tard, les pirates faisaient battre le tambour s’ils en disposaient, quelques tirs de mousquets étaient dirigés vers la proie, juste pour les balles sifflent aux oreilles de l’équipage adverse
3)    le pavillon rouge était hissé au mât d’artimon, signifiant à la proie qu’en cas de résistance, il ne se serait aucun quartier
4)    le capitaine pirate faisait son apparition sur la dunette, soit comme Barbe Noire avec un manteau pourpre taché de reste de nourriture, d’alcool et dit-on de sang humain, avec des mèches d’artillerie allumées et fumantes attachées à son chapeau soit comme John Taylor vêtu à la dernière mode de la cour.

Généralement, à ce moment là, le capitaine de la proie amenait son pavillon de son plein gré ou contraint par son équipage, il est parfois arrivé que, de terreur, l’équipage de la proie mette les canots à la mer et s’enfuit en abandonnant leur navires aux pirates stupéfiés.
Ensuite, les pirates fouillaient le navire et transbordaient la cargaison d’un navire sur l’autre en fonction de celui qu’il comptait garder puis laissait l’équipage de la proie sur l’autre, n’emmenant parfois que quelques prisonniers dont ils pourraient tirer une rançon ou revendre comme esclave ou juste pour s’amuser avec. Le forban ne s’encombre pas d’un navire capturé si le sien est en meilleur état ou meilleur marcheur. A l’inverse, le corsaire ou le flibustier cherche à ramener sa prise pour la revendre dans un port ami.

 

 

Les armes des pirates des 17e-19e :

Le pirate est, à de rares exceptions prêt, quelqu’un de plutôt frustre et qui ne s’embarrasse pas de manières… leurs armes habituelles répondent bien à cet état d’esprit :
-    Long coutelas des boucaniers avec une lame de 30cm, qui ressemble fort au Bowie Knife
-    Sabre d’abordage avec une solide lame de 50 à 70cm permettant de frapper d’estoc et de taille, doter d’une garde coquille bien utile pour frapper également de façon contondante, une arme qui ne demande pas beaucoup de connaissance en escrime
-    La hache d’abordage : impressionnante et qui possède parfois encore une pointe utile contre des porteurs de cuirasse
-    Le pistolet : utile pour tirer à bout portant, mais rarement employé sur des distances supérieures à 10 pas.        
    Rares sont les pirates qui utilisèrent des armes comme la rapière ou l’épée de cour qui nécessite une bonne connaissance de l’escrime. Rares également furent les pirates utilisant des mousquets ou des fusils, vitruellement inutile lors d’un abordage, exeception faite des 2 ou 3 hommes tireurs d’élites qui se positionnait sur la dunette ou dans les vergues pour viser spécifiquement les officiers des navires adverses. Les flibustiers emportaient des mousquets lors de leurs expéditions à terre, mais laissaient le boulot de tireur d’élite aux boucaniers qu’ils pouvaient recruter.
Au cours du 18e siècle, les corsaires firent de plus en plus souvent usage de grenades à mèches lors de leurs abordages car elles avaient un effet dévastateurs et permettaient principalement de dégager le pont adverse au moment crucial du début de l’abordage lorsque les premiers hommes essaient de poser le pied sur le pont de la proie.

 

 

Le navire du pirate : 

    Par principe, le navire pirate est un navire rapide : il doit être capable de rattraper les navires de commerce mais aussi de distancer les navires de guerre de tonnage moyen (corvettes et frégates) qui les mettraient en pièces avec leurs artillerie. Le plus souvent, ils utilisèrent des navires tels que les sloops, les brigantins, les bricks voire de petites corvettes, à l’exception des premiers grands pirates comme Drake ou Morgan qui naviguèrent sur des galions, et de Jean Bart qui eut à sa disposition des navires de lignes.
    La grande majorité des pirates naviguèrent sur des navire 2 mâts, avec une préférence pour des navires avec un faible tirant d’eau qui leur permettait d’utiliser des passage dans lesquels les navires de guerre ne pouvaient pas s’aventurer. Les forbans, qui montaient généralement  des navires de commerce, ne disposaient pas d’une forte artillerie et ne pouvaient guère se montrer dangereux qu’à courte portée tandis que corsaires et flibustiers qui disposèrent de plus facilités portuaires employèrent parfois des pièces de prises de fort calibres leur permettant de tenir en respect les corvettes et petits navires d’escorte ennemis.

 

 

Quelques pirates :    

Bartholomew Roberts : anglais - il captura au moins 400 navires durant sa carrière

John Avery : anglais, surnommé l’Archipirate,   il écuma l’Océan Indien et la mer Rouge, il captura un navire du Grand Moghol (empereur des Indes issu de la dynastie de Tamerlan) transportant une princesse impériale et d’immenses richesses. Il vécu somptueusement, mais dépensa trop vite et finit par mourir de faim, oublié de tous dans le Devon.

Robert Taylor : anglais - il avait la réputation d’être une gentleman qui ne s’emparait que des cargaisons et laissaient aux marins et aux officiers leurs biens y compris leurs bijoux. Lors de la capture du Comte Ericeira, Vice Roi des Indes Portugaises, il lui laissa sont épée décorée de diamant et le fit conduire à terre pendant qu’il faisait tirer 21 coups de canons et le faisait saluer par son équipage d’un triple « Vive le Roy »

La Buze : français – il opéra dans l’Océan Indien et captura avec Taylor à la capture du navire amiral des Indes Portugaises, s’emparant de 500.000 £ en diamant et 375.000 £ en soieries.

Rock Brasiliano : portugais – il écuma l’Atlantique Sud

Pierre le Grand : français – flibustier, il ne fit qu’une seule prise : un galion de la Flotte de l’Or qu’il captura avec 20 compagnons et qui lui permit de se retirer et de finir paisiblement ses jours en France

Jack Rackham : anglais – dit Calico Jack ou parfois Rackham le Rouge en raison de ses vêtements aux couleurs voyantes, médiocre forban qui ne doit la survivance de son nom à la présence de 2 femmes dans son dernier équipage, il fut capturé sans combattre.
 
Eward Teach : anglais – dit Barbe Noire, qui terrorisa les équipages marchands le long des côtes des colonies d’Amérique du  Nord.

De Monbars : français – dit Monbars l’Exterminateur, gentilhomme gascon sans fortune devenu l’un des plus redoutable flibustier qui ne faisait aucun quartier aux espagnols en raisons des exactions de ceux-ci contre les indiens.

Jean Nau : français – dit l’Ollonais, sans doute le plus sanguinaire de tous les flibustiers, il arracha le cœur d’un officier espagnols et força un autre à le manger encore palpitant. Il finit lui-même rôti et dévoré par les indiens du Nicaragua suite à un naufrage.

Henry Morgan : anglais – flibustier de la Jamaïque, sans scrupules et n’hésitant pas à employer la torture contre les femmes… amnistié, il finit paisiblement ses jours comme gouverneur de la Jamaïque et fit traquer durement ses anciens complices.

Anne Bonney : irlandaise – fille bâtarde d’un avocat et d’une servante, à 16 ans elle rejoignit un équipage pirate et finit par devenir la maîtresse de Jack Rackham mais aussi l’un des pirates les plus redouté de l’équipage. Capturée en même temps que Jack Rackham, mais après une résistance acharnée, elle fut condamnée à mort puis graciée car elle était enceinte. Libérée grace à son père elle termina paisiblement sa vie comme épouse d’un planteur en Caroline.

Mary Read : anglaise – aventurière dans l’âme, elle servit d’abord pendant 5 ans dans l’infanterie anglaise, participa à une campagne en Flandres avant d’épouser un sous officier qui décéda peu après leur arrivé en Caroline. Elle rejoint l’équipage de Jack Rackham où elle est à la fois la maîtresse de Jack et celle de Mary. Capturée en combattant aux côtés de  Mary, elle fut aussi graciée car elle était aussi enceinte, mais elle décéda lors de son accouchement.

Louis Le Golif : français – dit Borgne Fesse suite à combat contre un vaisseau espagnol au cours duquel un boulet lui arracha le gras de la fesse gauche. Flibustier de la fin du 17e siècle, il navigua une dizaine d’années sans réussites extraordinaires mais termina sa carrière avec assez d’argents pour s’installer armateur à Saint Malo. Il est connu grâce à ses mémoires retrouvées dans vieille une malle retrouvée dans le déblaiement des ruines de Saint Malo en 1945 : Les mémoires de Louis Adhméar Timotée Le Golif dit Borgnefesse, capitaine de la Flibuste de Saint Domingue sous le règne de Louis XIV. Son premier navire qui fut aussi son préféré fut un brigantin espagnol capturé dans une crique à Saint Domingue et qu’il nomma « Jovial Tiburon » (Requin Jovial). Ses récits ont permis de se faire une idée plus précise de la vie des flibustiers. (Il y a un doute sur l’authenticité du récit publié, mais si vous avez l’occasion de lire ce bouquin, n’hésitez pas.)

Don José Gaspar : espagnol – dit Gasparilla, ancien officier de la marine espagnole qui déserta avec son navire et son équipage vers 1790 pour devenir un forban des plus sanguinaire. Il s’installa dans les petites îles du sud de la Floride (Keys) et écuma la région jusqu’en 1822, date à laquelle, il fut acculer au combat contre plusieurs frégates US et il se suicida en s’enroulant dans une chaîne d’ancre et se jeta à l’eau. La légende de Gasparilla est entretenu chaque année par la ville de Charlotte-Harbor en Floride où le carnaval de Gasparilla Day. En 1800, il captura un vaisseau espagnol à bord duquel se trouvait une des filles du Vice Roi du Mexique et dont il tomba éperdument amoureux, il lui fit la cour pendant 2 ans, lui rédigenat poèmes et suppliques, lui jouant de la musique et lui offrant les plus beaux bijoux qu’il put trouver (enfin voler), mais à bout de patience il finit par lui trancher la tête d’un coup de sabre.

Pedro Gilbert
: portugais – forban du début du 19e, il écuma les Antilles et le Golfe du Mexique, mais fut capturé et pendu en 1832. C’est le dernier pirate « officiel » à avoir été pendu dans le secteur Atlantique-Antilles.

William Kidd
: anglais – médiocre capitaine corsaire devenu dans la légende le plus féroce pirate ayant jamais écumé les 7 mers. Pendu en 1701 à Londres, son corps fut attaché à un poteau sur les berges de la Tamise et y fut maintenu jusqu’à ce que la marée l’ai recouvert à 3 reprise, son corps fut ensuite enduit de goudron puis enfermé dans un carcan de fer avant d’être accroché à un potence à l’entrée du port, il y restera 12 ans, avant que sa famille n’ait l’autorisation d’enterrer ses restes.

 

 

Les Mutilations :

    Les flibustiers avaient établi un tarif pour « rembourser » les blessés, ce tarif servit de base également par la suite aux armateurs corsaires pour dédommager leurs blessés :

Blessure sans séquelle majeure : 20 piastres
Perte d’un doigt : 100 piastres
Perte d’un oeil : 100 piastres
Perte du bras gauche : 500 piastres ou 5 esclaves (au choix)
Perte du bras droit : 600 piastres ou 6 esclaves (au choix)
Perte d’une jambe : 600 piastres ou 6 esclaves (au choix)
Perte des 2 jambes : 1500 piastres ou 15 esclaves (au choix)
Perte des 2 Yeux : 2000 piastres ou 20 escalves (au choix)

Le paiement des indemnités se faisait avant le calcul des parts.

 

 

La Chasse Partie :

    La Chasse Partie est le document contractuel qui engagent tous les flibustiers composant un équipage, il indique les droits et les devoirs de chacun ainsi que le règlement en vigueur à bord du navire, de la part de butin auquel chacun peut prétendre et du méthde désignation des officiers et des postes principaux. Il varie d’un navire à l’autre enfonction des capitaines, des religions et des époques. La chasse partie précisa également le barème des punitions qui pouvaient aller de la simple amende à l’abandon sur une côte. En principe la peine de mort rarement partie des punitions, bien que l’abandon en soit une bonne variante.


Exemple de Chasse Partie : celle de Bartolomew Roberts.

1 Chaque homme pourra donner sa voix dans les affaires d’importances et aura pouvoir de se servir quand il le voudra dans les réserves de provisions et de liqueurs fortes nouvellement prises, à moins que la disette n’oblige d’en disposer autrement, la décision étant prise par vote

2 Les hommes iront tour à tour, suivant la liste qui en sera faite, à bord des prises et recevront pour récompense, outre leur portion de butin ordinaire une chemise de toile. Si un homme cherche à dérober à la compagnie bijoux , argenterie ou de l’argent d’une valeur de plus d’une livre, on l’abandonnera sur la grève déserte la plus proche. Si un homme en vole un autre on lui coupera le nez et les oreilles et on le déposera à terre en quelque endroit inhabité et désert.

3 Il est interdit de jouer de l’argent aux dés ou aux cartes

4 Les lumières et les chandelles doivent être éteintes et mouchées à 8 heures du soir, ceux qui voudront boire, passé cette heure doivent rester sur le pont sans lumière

5 Les hommes doivent avoir leur fusil, leur sabre et leurs pistolets en parfait état de marche

6 La présence de jeunes garçons ou de femmes est interdite à bord. Celui que l’on trouvera en train de séduire une personne de l’autre sexe pour la faire naviguer  déguisée sera puni de mort

7 Quiconque déserterait le navire ou son poste d’équipage pendant un combat sera abandonné sur une île déserte

8 Personne ne doit frapper quelqu’un à bord du navire, les querelles seront vidées à terre de la manière qui suit : à l’épée et au pistolet. Les hommes étant préalablement placé dos à dos à 5 pas feront volte face au commandement du quartier maître et feront feu aussitôt. Si l’un d’eux ne tire pas, le Quartier Maître fera tomber son arme, si tous les deux manquent leur cible, ils prendront leur sabre et celui qui fait couler le sang le premier sera déclaré vainqueur.

9 Nul ne pourra changer de vie avant que la part de chacun ait atteint 1.000 £. Celui qui devient infirme ou perd un membre recevra 800 pièces de huit sur la caisse commune et, en cas de blessure moins grave, touchera une somme proportionnelle

10 Le capitaine et le quartier maître recevront chacun 2 parts de butin, le maître canonnier et le maître d’équipage une part et demie, les autres officiers une part et un quart, les flibustiers une part.

11 Les musiciens auront le droit de se reposer le jour du Sabbat (dimanche pour les Protestants). Les autres jours de repos leur seront accordés que par faveur.

 

 

La misère du marin :

La vie à bord d’un navire des 16e-18e siècle est tout sauf une partie de plaisir, et ce quel que soit le pavillon…


    Recrutement : que ce soit les marines de guerre ou les navires de commerce, les capitaines ont fréquemment recours au système de « la presse » pour compléter leur équipage : quelques hommes robustes font le tour des taverne du port pour « recruter » tout ce qui ressemble à un marin par des moyens peu légaux, en les saoulant ou en les assommant puis les traînaient de  force jusqu’au navire où ils restaient à fond de cale jusqu’à ce que le navire soit en pleine mer, autant dire que les « enrôlés » n’était pas très joyeux ni très motivés pour le service. En France, grâce à l’Inscription Maritime édictée par Colbert et son système de rotation de service (1 an au service du Roi tous les 3 ou 4 ans) et de rémunération (pensions, système de retraite) permit la disparition de « la presse » tout du moins pour la Marine Royale

    Discipline : « Seul Maître à bord après Dieu », le capitaine est omnipotent, il a tous les droits y compris celui de faire pendre un homme sans jugement et ne doit des comptes à la justice qu’une fois rentré au port (et encore). Les punitions étaient sévères :
-    Enchaîné à fond de cale
-    Fouet, appliqué sur le dos, le souvent attaché à un canon (on disait alors « embrasser la fille du canonnier »). Pour cette raison, de nombreux marins se faisait tatouer le christ sur le dos, ce qui pouvait adoucir la punition si le Maître d’Equipage était superstitieux.
-    La cale sèche : attaché à la grande vergue par un filin, on faisait tomber le matelot, le filin lui évitant de justesse de s’écraser sur le pont, mais le choc dans les membres était terrible
-    La cale humide : même chose que pour la cale sèche, sauf que le condamné finissait dans la mer, où on le laissait faire trempette un moment plus ou moins long avant de le remonter.
-    La grande cale : le condamné avait les mains attaché à une extrémité d’un filin et les pieds attachés à l’autre extrémité, mais ledit filin faisait le tour de la coque… l’homme, poussé à l’eau était ensuite halé par ses camarades et passait donc sous la coque… si le maître d’équipage était du genre sadique, le filin était très court et le condamné frottait au plus près de la coque et s’arrachait la peau et la chair aux différentes concrétions et coquillages parasitant la coque, ce qui était sympathique dans les mers du sud où rôde le requin…
-    La bouline : le condamné devait passer entre ses camarades aligné en 2 rangées et armé chacun d’un morceau de filin avec lequel ils devaient le frapper.

…et je passe sur les capitaines sadiques qui forçaient les hommes  à avaler des cancrelats, ou qui faisait casser les dents de ceux qui blasphémaient… une époque sympa…

 

 

Le travail et la vie quotidienne :

    Le boulot d’un marin c’est de manœuvrer un navire, de s’occuper des voiles, mais aussi l’entretenir…et entretenir un navire en bois dans un milieu humide c’est pas une sinécure :
-    Pour éviter l’apparition d’algues et les odeurs puantes qui en résulterait, le pont est lavé 2 fois par jour avec un mélange d’eau de mer, de sable et de vinaigre (cela permet aussi de tenir les hommes occupé et à les fatiguer)
-    Les ponts inférieurs et les cales sont suintantes d’humidité, puantes de moisissures  d’odeurs humaines et animales diverses et de relents de nourritures plus ou moins avariées, elles doivent être désinfectées au soufre régulièrement pour éviter les épidémie


Sous les latitudes tropicales, il est impossible de dormir dans l’entrepont tant la chaleur est torride et la plupart des marins préfèrent dormir sur le pont, préférant risquer de passer par-dessus bord en cas de grain inopiné que de suer sans dormir un niveau plus bas.

La nourriture est souvent abominable : après quelques jours, l’eau commence à croupir, au bout d’une semaine elle est imbuvable sans rajouter du rhum. Au bout de 2 semaines, les vers commencent à grouiller dans les biscuits et la viande salée (parfois acheté déjà avariée par certains armateurs) dégage une odeur infecte. Au bout de 3 semaines, les vivre frais sont mangés ou pourris et à partir de ce moment, les épidémies commences leur travail de sape des équipages : typhus, typhoïde, scorbut, dysentrie… sans compter les régions tropicales où la malaria et la fièvre jaune venaient compléter le tableau. De plus, les marins étaient souvent atteint de maladies vénériennes diverses lors des escales en allant fréquenter les prostituées des bordels. Il arrivait donc que des capitaines, pour éviter de perdre trop de monde, décide de faire des « mariages de mer » en organisant ses marins par couple… En France, l’Amiral Suffren en organisa à bord des navires qu’il commandait (« Tout pour le bord, rien pour le bordel »). Cette homosexualité organisée peut nous paraître bizarre, mais elle était monnaie courante aussi bien dans les navires que dans les armées…

Les salaires sont également minables et souvent amputé par des amendes quand le capitaine ne retient pas une partie de la solde pour « payer les repas » (si !).

Tout cela contribue généralement à la mauvaise volonté de l’équipage lorsqu’il s’agit de se défendre contre un pirate ou un corsaire, car il n’a rien à y gagner et peut y laisser la vie. De même, il arrivait fréquemment que lors d’une attaque de pirate, une partie de l’équipage préfère tenter sa chance avec eux plutôt que de rester sous la coupe d’un capitaine tyrannique. De même, les mutineries étaient fréquentes, au 18e siècle on comptaient en moyenne 50 mutineries ou tentative de mutinerie à bord des navires de commerce anglais par an, et de 1 à 3 à bord des navires de guerre.

 

 
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