Dossiers "La noblesse"
 
 
LA NOBLESSE

 


    La noblesse féodale est apparue au cours du 10e siècle, lorsque le pouvoir carolingien fut incapable de réagir aux différentes menaces pesant sur son territoire. Comtes et Ducs qui furent auparavant des hauts fonctionnaires régionaux investis de pouvoirs civils et militaires par l’Empereur d’Occident et qui changeaient d’affectation en fonction des besoins de l’empire. Mais la paralysie latente du pouvoir central fit que ces postes furent bientôt viagers puis héréditaires. Au cours du 11e siècle, ce pouvoir local s’émietta encore par l’apparition des petits potentats locaux qui prirent le contrôle de certaines zone appartenant à des comtes ou des ducs. C’est au cours du 12e siècle que fut codifiée le principe pyramidal de la noblesse féodale par le biais de la vassalité, si cela restera en grande partie théorique car un seigneur pouvait prêter allégeance à plusieurs nobles d’un statut supérieur à lui, cette stratification permit cependant de clarifier la préséance et le niveau d’autorité à laquelle chacun pouvait prétendre.
   

 

 

I La hiérarchie féodale :
    Au départ, était noble toute personne issue d’une famille possédant une seigneurie. Par ordre croissant, on distingue :

   

Noblesse Mineure :
-    Le Vavasseur (= Arrière Vassal) : c’est un seigneur qui n’a lui même aucun vassal. Il ne possède qu’un petit domaine, la plupart du temps un seul village et les terres environnantes. Il ne possède que le droit de Basse Justice et ses revenus ne lui permettent d’entretenir qu’un château à motte ou une maison forte. De même, il doit se contenter comme force militaire que d’une seule Lance et quelques archers. Cet échelon est le plus bas de la noblesse du Moyen Age, il s’agit le plus souvent d’un fief donné en Apanage à un cadet, d’un cadeau pour un chevalier méritant ou de la reconnaissance d’un fait accompli. Le Vavasseur n’est pas totalement maître sur ses propres terres et dépend toujours d’un suzerain.

   

Petite Noblesse :
-    Le Seigneur Châtelain (ou  Seigneur ou Sire) : c’est l’image traditionnel, le seigneur qui vit dans son château. Initialement, le fief d’un seigneur châtelain est assez réduit, de l’ordre d’une dizaine de village, tous situés à moins d’une journée de cheval du château. Il possède le droit Moyenne Justice sur son domaine et parfois même de Haute Justice, dans ce dernier cas il est donc indépendant de fait si ce n’est de droit. Il a le droit de posséder un château fort en pierre. Vassal d’un Comte, d’un Marquis ou d’un Duc, son domaine se situe généralement en périphérie du duché ou du comté, c’est à dire qu’il sert de rempart pour son suzerain. Un seigneur châtelain doit entretenir au minimum une Lance voire plusieurs si ses moyens le lui permettent.
-    Baron (du vieux francique Baro = Homme Libre) : ce titre ne se rencontre au Moyen Age que sur les « Terres d’Empire » (Allemagne, Bénélux, Autriche, Suisse, Lorraine, Franche Comté, Lyonnais, Dauphiné, Savoie, Provence) mais aussi en Angleterre. C’est un Seigneur Châtelain puissant qui n’est plus vassal d’un Comte ou d’un Marquis, mais d’un Duc voire directement du souverain. Il possède le Droit de Haute Justice, il est en droit de posséder plusieurs places fortes sur son Domaine. En règle général, ils font partie de la frange la plus turbulente de la noblesse et entretiennent une force armée assez puissante pour l’époque (300 à 1500 hommes). En France, les Sires de Coucy dont la puissance menacèrent à une époque Saint Louis peuvent être classé comme barons.
-    Vicomte (du latin Vice Comes : Comte Adjoint et/ou Vicus Comes : Comte d’une agglomération) : simple administrateur sous les carolingiens, ils devinrent des seigneurs héréditaire à la fin du 10e siècle. Originellement chargé d’administrer une partie d’un comté, le plus souvent le territoire d’une ville, ils ont Droit de Haute Justice. Ils possèdent une maison forte dans la ville mais aussi un château ou un manoir en dehors de la ville. Ils sont toujours vassal  d’un Comte, d’un Marquis ou d’un Duc.

 

Haute Noblesse :
-    Comte (du latin Comes : Compagnon) : du 4e au 9e siècle, les comtes étaient des amis du souverain qui était désigné pour administrer une région ou pour diriger une armée, ils étaient nommés par le souverain et pouvait être remplacé par un autre selon le bon vouloir du souverain. L’affaiblissement du pouvoir central à la fin du 9e et au cours du 10e firent que les comtes obtinrent que les fiefs soit tout d’abord viager puis héréditaires. Sous les carolingiens, les comtes administraient un district (pagus en latin) plus ou moins vaste en fonction des menaces pesant sur lui. Il est Haut Justicier, possèdent plusieurs place forte et généralement une maison forte ou un château à l’intérieur de la ville capitale du comté. Ils peuvent entretenir une armée importante (parfois 3 ou 4000 hommes).
-    Marquis (du francique Marchi : Frontalier) : les Comtes chargés d’administrer les domaines les plus menacés sur les frontières prirent le nom de Comte de la Marche au 9e siècle puis celui de Marquis au 11e-12e siècle (Roland était Comte de la Marche de Bretagne). En principe, un Marquis ne dépend jamais d’un Duc, mais toujours directement du souverain, car sa fonction est principalement militaire. Haut Justicier, il est souvent également représentant du Roi dans son Domaine. Il se doit d'entretenir de nombreuses place forte sur les accès frontaliers et une armée importante (un millier d’homme au moins).
-    Duc (du latin Dux : Général) : Dans le Bas Empire,  le Duc était le commandant en chef d’un secteur militaire frontalier ou côtier. Sous les carolingien, le Duc fut le commandant militaire d’une région composées de nombreux  pagus administré par des Comtes. Au cours des 9e et 10e siècle le Duc prit de l’importance, devenant pratiquement un prince souverain indépendant du pouvoir central. Dans le principe le Duc est un seigneur possédant de nombreuse terres (au moins l’équivalent d’un comté) mais aussi une autorité féodale sur de nombreux Comtes, Barons et Seigneurs. Vers l’An Mil, le royaume de France était divisé –en simplifiant- en 7 duchés (France, Normandie, Bretagne, Aquitaine, Bourgogne, Gascogne, Septimanie). Dans certaines région, en Aquitaine principalement, le titre de Duc n’est pas héréditaire au départ mais électif, le nouveau duc est élu à la mort du précédent par les Comtes…le titre de Duc d’Aquitaine fut porté par les Comtes de Poitiers, les Comte d’Auvergne mais aussi par des Comtes de Toulouse et des Ducs de Gascogne. En somme, le duché d’Aquitaine fonctionnait pratiquement comme un royaume autonome au cours des 11e et 12e siècles. 
-    Prince (du latin princeps : le premier) : ce titre est tout d’abord un titre honorifique, quand on s’adresse à un Duc en l’appelant « Prince » cela marque une forme de respect de la puissance de celui-ci. Les vikings suédois établi en Russie n’appelèrent pas leurs états royaumes mais principautés, dans le sens latin de prince = premier parmi les égaux. Le titre de prince désigne également l’héritier du trône dans le cas d’une succession héréditaire.
-    Roi : ce titre désigne le souverain d’un ensemble géographique comportant de nombreux duchés et comtés. Il peut être élu parmi les ducs ou être le fils du précédent roi. En France, l’élection du roi était de tradition jusqu’au 11e siècle, même si l’assemblée des ducs et comtes ne contestait pas le choix du monarque défunt. Les rois élus en dehors du principe héréditaire furent Eudes, comte de Paris (888-898) puis Robert I, duc de France (922-923) et Raoul I, duc de Bourgogne (923-936) alors qu’un roi carolingien était en vie (Charles III le Simple 893-929). En 987, les nobles préférèrent Hughes Capet, Duc de France plutôt que le carolingien Charles duc de Lorraine. Plus tard, les grands du royaume choisirent Philippe de Valois, le cousin de Charles IV le Bel plutôt que de désigner une femme comme souverain ou de faire appel à un fils d’une « Fille de France ». Le Roi a autorité judiciaire sur tout le royaume mais seulement en Appel en dehors du domaine royal. Il est également habilité à lever des impôts et taxes sur l’ensemble des terres du royaume en plus des impôts et redevances perçues sur le domaine royal. Il est le suzerain de l’ensemble des seigneurs du pays et ce n’est pas une Félonie pour un seigneur que de refuser d’accompagner son suzerain direct dans une guerre contre le Roi.
-    Empereur : en Europe occidentale, le terme d’empereur désigne un souverain qui cumule plusieurs royaumes. L’Empereur d’Occident désigne le souverain qui était à la fois Roi de Germanie (Allemagne, les 2 Lorraines, Autriche), Roi d’Italie (Tiers Nord de l’Italie) et Roi de Bourgogne (Suisse, France Comté, Lyonnais, Provence, Savoie) et qui obtenait la couronne lors d’un sacre à Rome. Il y eu même un empereur des Espagnes de 1029 à 1035 : Sancho Garcès El Mayor (Roi de Navarre,  d’Aragon et de Castille). 

En simplifiant, pour donner une idée de la taille d’une seigneurie féodale en fonction du titre on peut dire que :
-    Le vavasseur possède une commune
-    Le seigneur possède plusieurs communes
-    Le baron possède un canton
-    Le vicomte possède un canton incluant une préfecture
-    Le comte possède un département
-    Le marquis possède un département frontalier (il est aussi gouverneur militaire)
-    Le duc possède une région
-    Le roi possède un pays
-    L’empereur un groupe de pays
 

 

 
II Evolution et Progression dans la hiérarchie féodale :


    Evolution de la noblesse :
    La Noblesse Mineure : l’évolution de l’armement, le coût des rançons et l’inflation monétaire appauvrissent cette classe au point qu’à la fin du Moyen Age elle a pratiquement disparu, car faute de pouvoir assurer le service d’host auprès de son suzerain, elle perd son statut de noble pour redevenir roturier.
A partir du 16e siècle, la noblesse mineure réapparaîtra par le biais des Offices (noblesse dite « de cloche » ou « de robe ») et des Gentilshommes de Cours, ceux-ci étant le plus souvent des cadets de famille sans terre mais pensionnés par le roi ou les princes.   
    La Petite Noblesse : menacée très tôt par les mêmes difficultés que les nobles mineurs, ses membres trouveront refuge très rapidement au sein de l’armée royale lorsque celle-ci s’organisera au cours du 15e siècle et occuperont pour longtemps tous les grades d’officiers. Au cours des 17e-18e, ils craindront la paix plus que la guerre, car obligés de vivre chichement dans leurs château de lointaine province faute de pouvoir maintenir un train de vie suffisant à la cours royale.
    La Haute Noblesse : la puissance des grands féodaux s’affaiblit également au cours du Moyen Age et à la Renaissance : décimés par la Guerre de Cent Ans, les Guerres d’Italie puis les Guerres de Religion, affaibli par l’érosion monétaire, la Haute Noblesse finit par être « mise au pas » par Richelieu et Mazarin au point de devenir pratiquement une pure noblesse de Cours au 17e. Au 18e, ne pas être à la Cours en temps de pais pour un Duc ou un Comte c’était être disgrâce ou paraître suspect de comploter contre le souverain.


     Elévation dans la hiérachie :
    Il y a 5 possibilités pour un noble de progresser au sein de la noblesse :
-    La guerre : la conquête d’un domaine d’un autre noble et la ratification de celle-ci par le souverain. La guerre lié à l’hérésie cathare a permis à de nombreux seigneurs et barons du nord de la France de s’emparer des terres et domaines des seigneurs occitans soutenant l’hérésie ou étant hérétiques (Toulouse, Foix, Narbonne…). Cela est d’autant plus facile que le seigneur vaincu était hostile au roi ou adversaire de l’Eglise
-    Le mariage : lorsqu’un seigneur mariait une de ses filles, il devait verser à l’époux une dot, soit en argent soit en fief, c’est à dire qu’il abandonnait ses droits sur une partie de son propre fief pour les remettre à son gendre. Cependant, si l’épouse était répudiée, le fief revenait à cette dernière. Le cas le plus célèbre fut Aliénor d’Aquitaine, qui répudiée par le Roi de France épousa en seconde noce le Roi d’Angleterre donnant à celui-ci une dot représentant le quart de la France actuelle
-    L’héritage : un noble sans héritier direct peut désigner un autre noble pour lui succéder à la tête de son fief, cela se faisait souvent par le biais d’un petit fils issu d’une fille de ce noble ou par le biais d’une branche cadette… au milieu 15e siècle, le comte d’Anjou était à la fois Comte d’Anjou, Comte de Provence, Roi de Naples et Duc de Lorraine…
-    « Les Bons et Loyaux Services » : le roi, haut suzerain, pouvait en récompense de services rendus donner une promotion à seigneur en élevant son statut : faire un Baron d’un Seigneur ou d’un Vicomte un Comte. Cela n’est pas courant car cela impliquait pour le roi de donner des terres venant du domaine royal (et donc de perdre des rentrées d’argent).
-    L’achat : moyennant finance, le roi pouvait faire enregistrer de nouveaux titres de noblesse. Cela coûtait cher, très cher et ne rapportait que du prestige. Cette politique débuta timidement au cours du 15e pour devenir courante au 17e-18e siècle, elle permettait au roi de « boucler ses fins de mois ».

 

 

III La seigneurie :

    La seigneurie, quelle soit sa taille ou son appellation, est le territoire soumis à l’autorité du seigneur. Elle recouvre 2 acceptations différentes : la seigneurie foncière et la seigneurie banale.
    La seigneurie foncière peut être vendue, même à un roturier, mais la seigneurie banale est inaliénable et incessible. Seul un manquement grave aux obligations féodales (félonie, refus du service d’host) pouvait entraîner la déchéance du fief et par conséquent la perte du statut de noblesse. De fait de nombreux seigneur de petite noblesse perdirent leur statut de noble sans pour autant perdre leurs terres à la fin du Moyen Age, à l’inverse au 17e et 18e de nombreux nobles vendirent leurs terres pour maintenir leur rang à la cour et conserver leur statuts et privilèges.
   


    La seigneurie foncière (le domaine) :
    Il s’agit des terres qui sont la propriété du seigneur. Elles ne recouvrent pas, sauf en de rares exemples, la totalité du territoire de la seigneurie, car certaines parcelles peuvent appartenir à des paysans propriétaires, à des bourgeois, à d’autres nobles ou à l’église. Les plus petites seigneuries de vavasseurs n’étaient jamais inférieure à une quinzaine d’hectares, taille minimale pour assurer au seigneur de quoi vivre, renouveler annuellement son équipement militaire, entretenir son château, sa troupe et l’administration de sa seigneurie.
    Ce domaine est divisées en Tenures, qui étaient de lopins de terres cultivables d’environ 0,5 hectare, concédées de manière viagère à des paysans libres ou non libres. Légalement, le seigneur ne pouvait pas reprendre ces terres une fois accordées, tant que le paysan était vivant ou si ce dernier refusait de la rendre. Plusieurs tenures pouvaient être accordées à la même personne. La tenures implique le paiement par le paysan d’un certain nombre de redevances.
Le seigneur conservait une partie des tenures de son domaine dans le but d’assurer sa subsistance et celle des habitants de son château, c’est la Réserve. Cette réserve représente entre 10 et 50% des terres du domaine, en règle générale, plus la taille du domaine est importante, plus la part de la réserve est faible. La plupart des seigneurs et des barons conservaient un tiers de leur domaine en réserve. La réserve pouvaient être cultivée soit par des paysans de statut servile vivant dans les dépendances du château (les ancillaires), soit par des métayers (libre ou servile), soit par des fermiers (libres) soit encore par les paysans tenanciers (libre et servile) du domaine pendant les jours de corvées.


    La seigneurie banale (le fief) :
    Il s’agit de l’autorité administrative, judiciaire et militaire qu’exerce sur le seigneur sur tous les habitants, y compris les religieux, les nobles de rang inférieur, les bourgeois et les paysans propriétaires. Cette autorité dépasse donc les limites du domaine foncier qui lui ne recouvre que les terres - cultivables ou non – appartenant en propre au seigneur. Le terme francique de « ban » signifie à la fois punir, ordonner et contraindre. Cette autorité octroi un grands nombre de droits au seigneur mais implique également des devoirs qui, s’ils ne sont pas observé, peuvent entraîner la déchéance du seigneur par son suzerain.

 

    a) La Justice :
Le premier devoir est celui de justice : le seigneur doit faire respecter les lois, maintenir l’ordre et rendre la justice dans son fief, dans la mesure de son Droit de Justice. Celui-ci se divise en 3 niveaux : Basse, Moyenne et Haute Justice, bien que l’échelon de Moyenne Justice soit fréquemment ignoré, du fait même que rares furent les seigneurs disposant seulement de la Moyenne et Basse Justice. Par principe, on désigne un seigneur par son plus haut rang de justice, ainsi un seigneur Haut Justicier possède également le droit de Basse et Moyenne Justice. Il doit également entretenir une administration judiciaire sur son fief dont la taille dépend de son niveau de justice. Cependant, les personnes qu’il nomme aux postes de juge, lieutenant-juge, procureur, maire, greffier ou sergent ne peuvent en aucun cas être alleutier ou tenancier sur la seigneurie.

 
Basse Justice : également appelée justice foncière car elle a surtout pour mission de s’occuper des problèmes liés aux paiements des redevances, taxes et litiges d’héritages pour lesquels l’amende maximale ne dépasse pas 60 sols. Elle s’occupe également des délits mineurs, injures, vagabondage humain ou animaliers pour lesquels l’amende ne dépasse 10 sols. Le juge gère également le censier (équivalent du cadastre) et les litiges de bornages de parcelles fréquent. Elle a cependant toute latitude pour faire arrêter un délinquant relevant d’une juridiction supérieure et le remettre à celle-ci, et reçoit en compensation 6 sols + les frais de capture sur l’amende qui sera infligée à ce délinquant. Un seigneur Bas Justicier doit entretenir un maire (officier administratif et judiciaire) et au moins un sergent (« officier de police ») sachant lire et écrire ainsi qu’une cellule fermant à clef.


Moyenne Justice : elle a pour mission de juger en première instance toutes les actions civiles entre personnes (litiges commerciaux, insultes…) n’encourant pas une peine d’amende supérieure à 75 sols , ainsi que les délits mineurs (menu larcins…) n’encourant pas une peine supérieure à une amende de 60 sols. Un seigneur Moyen Justicier peut faire arrêter et détenir un criminel ou une personne suspectée de crime pendant une période de 24h avant de commencer l’instruction du procès et le faire déférer à la Haute Justice si celui-ci risque une amende supérieure à 60 sols. Le Moyen Justicier reçoit en compensation 60 sols + les frais de capture et de détention sur l’amende infligée à ce délinquant. Un seigneur Moyen Justicier doit entretenir un juge, un procureur, un greffier et au moins quatre sergents ainsi qu’un bâtiment comportant une salle d’audience et une salle de police fermée et sûre.


Haute Justice : elle a pour mission de juger les délits les plus important ainsi que les crimes à l’exception des cas suivants relevant de la Justice Royale : vols et assassinats sur les Grands Chemins, crime de lèse majesté, fausse monnaie, assemblées illicites, litiges entre nobles. Il est cependant du devoir des seigneur Haut Justicier de s’emparer des délinquants et de les livrer à la Justice Royale. Elle s’occupe principalement des vols dans les maisons, jardins et champs, des homicides (y compris le suicide), le recel et les violences importantes. La Haute Justice est la seule justice seigneuriale a pouvoir infliger une peine afflictive (châtiment corporel, marquage au fer rouge, peine de mort), infamante (carcan, amende honorable). Elle peut également prononcer une peine de bannissement assortie d’une peine afflictive en cas non respect de ce bannissement.En matière de droit civil, le Haut Justicier peut faire procéder à l’inventaire des biens d’un enfant mineur ou d’un adulte incapable et de leur désigner un tuteur (enfant) ou un curateur (adulte incapable) mais uniquement dans le cas de roturier. Il peut trancher une cause opposant un noble à un roturier mais pas entre deux noble, il ne peut pas arrêter un Officier Royal mais peut instruire contre lui auprès de la Justice Royale, de même il ne peut trancher un litige d’héritage noble que si l’intégralité de cet héritage se trouve dans son fief. Il ne peut trancher sur une affaire d’honneur et de réparation (duel entre nobles uniquement, dans les autres cas c’est considéré comme un homicide) mais doit porter l’affaire devant la Justice Royale.
Le seigneur Haut Justicier doit entretenir un lieu de justice disposant de geôles fermées et sûres et de préférences en sous sol, un juge, un lieutenant juge (adjoint), un greffier, un procureur, une troupe de sergents, au moins un geôlier et si il le souhaite, un bourreau (exécuteur) et un tourmenteur (homme chargé de d’appliquer la Question aux accusés… ce rôle peut être rempli par le geôlier ou le bourreau). Cependant, tous les seigneurs n’étaient pas des adeptes de la torture judiciaire (passage à tabac classique excepté) soit pour des raisons morales (l’usage de la torture contre un chrétien est condamnée par l’Eglise depuis le 6e siècle… sorciers et hérétiques ne sont pas considéré comme chrétien) soit pour des raisons financières et n’entretenaient pas de tourmenteur. D’autres par économie, donnait ce poste au bourreau ou au geôlier, d’autre encore utilisait la vieille coutume germanique de désigner le dernier homme du lieu à s’être marié pour remplir l’office du bourreau  lors d’une exécution (tradition ou avarice). A partir de 1670, une sentence donnant lieu à une peine afflictive doit faire l’objet d’un appel auprès d’une Cours Royale.
Les crimes passibles de la peine capitale durant le Moyen Age sont : le meurtre, le suicide, le viol, récidive de vols (valeur importante), sorcellerie, hérésie (après décision de la justice ecclésiastique).
Les crimes suivants, passibles de la peine de mort, sont du seul ressort de la justice royale : lèse majesté, fabrication de fausse monnaie, banditisme (vol à main armée sur les routes royales).
   
        Il est important de noter que, même au Moyen Age, la plupart des seigneurs répugnent à condamner à mort car :
-    il perd de la main d’œuvre et des rentrées d’impôts
-    le principe chrétien de pardon au repentant
-    la vieille coutume franque du « wergeld », la compensation en argent donné par l’assassin à la famille de la victime, très vivace au début de la féodalité.
Les condamnations à la peine capitale sont généralement prononcées pour éviter les troubles à l’ordre public et apaiser les tensions au sein de la communauté.

 


    b) Les Banalités :
Le seigneur est le seul autorisé à posséder certains équipements (moulin, four à pain, pressoir, alambic) que les habitants du fief doivent utiliser sous peine d’une amende de 60 sols. Cependant, le seigneur doit les faire construire et entretenir à ses frais, et les mettre à la disposition des habitants chaque jour. A partir de la Renaissance, les seigneurs commencèrent à concéder à des artisans le droit de construire et posséder de telles installation moyennant le paiement d’un « abonnement » (somme forfaitaire fixée pour une durée assez longue et payable annuellement).
- Le seigneur a le droit d’entretenir une force armée dont la taille est fonction de ses revenus, mais il a le devoir de protéger les habitants du fief contre toutes les menaces.    
- Le seigneur dispose également du droit prélever des impôts et des taxes sur la habitants du fief .
- Le seigneur peut infliger « l’amende de coutume » (ou amende à 60 sols) à toute personne qui ne respecterait pas ses décisions concernant les autorisations et interdictions locales.

 

 

 

IV Droits & Revenus Seigneuriaux :

 

        Impôts et Taxes :    
       

Nom

Type

Contribuables

Valeur (moyenne au 15e)

Cens

domanial

Tenanciers

6 deniers par tenure concédée en moyenne (de 2 deniers pour des terres pauvres, 10 deniers de la terre à blé, 2 sols pour de la vigne)

Champart

domanial

Tenanciers

10% de la récolte, payable en nature ou en argent, calculé après prélèvement de la Dîme

Chevage (Chef-Cens)

domanial

Serfs

2 derniers par serf adulte

Corvée

domanial

Tenanciers

journées de travail sur la Réserve, entretien du château, bois de chauffage pour le château, réparti en part plus ou moins égale entre tous les tenanciers… de quelques jours à 4 semaines.

Formariage

domanial

Serfs

taxe à payer pour épouser une personne d'un autre domaine (très variable)

Mainmorte

domanial

Serfs

taxe sur l'héritage des serfs (entre 20 et 75%)

Banalité

fief

Roturiers

taxe en nature pour l'utilisation d'un équipement collectif (en moyenne 1/20e pour le four, 1/16e pour le moulin, 1/8e pour le vin)

Corvée Seigneuriale

fief

Roturiers

journées de travail : entretien des routes et ponts, guet, service de milice, entretien des fortifications, au maximum 40 jours par an

Impôt des Terrains

fief

Alleutiers

4 deniers par arpent cultivé, 50 deniers par maison

Lods

fief

Tous

taxe sur les ventes de terres agricoles (de 1/6e à 1/12e de la valeur de la terre vendue, payable par le vendeur)

Taille

fief

Roturiers

impôt payé par fouage (foyer), initialement le montant était au bon vouloir du seigneur et à fréquence variable, par la suite, elle devint annuelle et proportionnelle au revenu (minimum 2 sols). A partir de 1440, cet impôt devint un impôt royal, bien que certains seigneurs continuèrent à le prélever...une fois pour le roi et une fois pour eux même, mais cela était un abus de pouvoir.

Tonlieu

fief

Marchands

taxe de passage (pont, bacs, portes) variable selon la marchandise et la quantité. Egalement taxe pour installer un étal sur marché (entre 2 et 16 sols). La valeur décroît au fur et à mesure des années, car plus les taxes sont basses, plus il y a de marchands.

Note sur l’évolution de la valeur de l’argent par rapport aux redevances :
    Le système monétaire en France resta pratiquement inchangé entre le Moyen Age et la Révolution :
    1 livre = 1 franc = 20 sols = 240 deniers = 960 liards
    la livre n’a pas d’existence matérielle, c’est une pure monnaie de compte. Le Franc est une pièce d’or d’un valeur d’une livre initialement frappée pour payer la rançon du roi de France Jean II capturé par les anglais à la bataille de Poitiers.
    Ce qui changea, c’est le pouvoir d’achat de ce système, l’érosion monétaire est importante et se voit clairement si l’on compare la valeur d’un écu d’or entre Saint Louis et La Régence :
    1 écu = 3 livre au 13e siècle
    1 écu = 1 livre et 2 sols à la fin de la Guerre de Cent Ans
    1 écu = 1 livre et 13 sols à la fin du 15e/début du 16e siècle
    1 écu = 1 livre et 5 sols pendant le 16e siècle et au début du 17e siècle
    Louis XIII démonétisa l’écu d’or qu’il remplaça par le louis d’argent et le louis d’or en 1640
    1 louis d’argent = 1 écu = 1 livre (les gens continueront à l’appeler écu)
    1 louis d’or = 3 livres
    Pour simplifier, en 4 siècles, la valeur de la monnaie à été divisée par 3. Ce qu’il est important de savoir, c’est que les redevances en argent (Cens, Chef-Cens, Impôt des Terrains) sont d’une valeur immuable, c’est à dire que leur montant sera le même au 18e siècle que celui qui fut perçu initialement au 11e siècle. En gros, le cens moyen d’un arpent au 16e siècle permettait à peine de quoi payer un passage chez le barbier. Alors qu’au 11e siècle, vous pouviez louer les services d’un mercenaire pour 2 jours…

 

Les Droits Seigneuriaux :


    Ils sont liés à au fief et à l’importance du niveau de justice du seigneur, plus celle-ci est élevé plus celui a de droits particuliers :

  

 

Droit

Justice

Définition

Droit de Carcan

Haute

seuls les Seigneurs Hauts Justiciers ont le droit de posséder un carcan, parfois installer au même endroit que le pilori

Droit de Confiscation

Haute

en cas de condamnation à mort ou de bannissement, les biens du condamné sont saisis (2/3 pour le seigneur, 1/3 pour la veuve et les enfant), cependant le seigneur confisque également les dettes.

Droit de Deshérence

Haute

le seigneur hérite de droit des personnes décédées sans héritier connu ni testament officiel pour les biens situé dans sa juridiction

Droit de Fourches Patibulaires

Haute

seuls les Seigneurs Hauts Justiciers ont le droit de posséder un gibet dont le nombre de pilier reflète leur puissance et leur rang (seigneur : 2, baron 3, vicomtes 4, comtes, marquis et ducs 6). Si les piliers tombent en ruine, ils doivent être réparés dans l'année, sinon il faut une autorisation royale pour les rebâtir. Les gibets sont toujours construit en dehors des villes, à la croisée de chemins et sur une hauteur pour être bien visible des voyageurs

Droit de Pilori

Haute

seuls les Seigneurs Hauts Justiciers ont le droit de posséder un pilori, il peut en faire installer un par agglomération qu'il contrôle

Droit d'Eglise

Haute

place d'honneur réservée dans l'église, être le premier à communier, à recevoir le pain béni, l'aspersion d'eau bénite, être au premier rang dans les processions, avoir la possibilité d'être enterré dans l'église.

Droit d'Epave

Haute

le seigneur est le propriétaire légitime de toutes choses abandonnées sur son domaine (épaves au sens propre, animaux domestiques errant et non marqués…), cependant il devient aussi par défaut le nourricier des enfants trouvés sur son fief

Droit de Sang

Moyenne et Haute

Amende de 60 sols infligé à ceux qui se sont battu jusqu'à effusion de sang

Amendes

toutes

le montant des amendes infligées rentre dans les caisses du seigneur, les juges étant eux mêmes salariés du seigneur

Autorisation des Danses & Fêtes

toutes

le seigneur autorise ou interdit toute fête non religieuse ainsi que la pratique de la danse sur son fief

Banvin

toutes

le seigneur a le droit de faire vendanger ses vignes 2 jours avant la date officielle des vendanges fixées par les prud'hommes du fief. Il peut également faire interdire la vente du vin des autres exploitants pendant 30 jours, ce qui lui permet d'écouler son stock.

Droit de Chasse

toutes

le seigneur peut autoriser ou interdire la chasse sur son fief,  les chasseurs éventuellement autorisé doivent être enregistrés et paient un droit de chasse et doivent porter une bandoulières aux armes du seigneur pour ne pas être considéré comme braconniers

Droit de Château

toutes

le seigneur seul a le droit de posséder un château disposant de tours, créneaux, girouettes, douves et ponts-levis. (ce qui explique que même les château des 16e-17e-18e possèdent des tours et des créneaux purement décoratifs).

Droit de Colombier

toutes

le seigneur est seul autorisé à posséder une bâtisse totalement utilisée comme colombier, les roturiers peuvent posséder un colombier si et seulement si le rez de chaussé sert d'étable ou de grange

Droit de Pêche

toutes

identique au Droit de Chasse, mais ce droit peut être affermé à des roturier (c'est à dire le droit exclusif de pêche à certains endroit en échange d'une somme forfaitaire annuelle)

Droit de Salut

toutes

le seigneur a droit au respect de ses justiciables qui doivent le saluer et retirer leur chapeau en sa présence.

Droit de Titre

toutes

seuls les seigneurs justiciers peuvent s'intituler "seigneur" d'un lieu. La propriété d'un domaine seigneurial ne confère pas le titre de seigneur, seul le droit de justice le confère.



    Evolution des Droits Seigneuriaux :

    Dans la lettre, les droits restèrent inchangées jusqu’à leur abolition le 4 Août 1789, mais dans la pratique, certains de ces droits se sont éteints d’eux mêmes, d’autres furent transférés et d’autre encore abandonnées par la noblesse.
        Droits éteints : le chef-cens, formariage et mainmorte disparurent en même temps que le servage aux 14e-15e siècle
        Droits transférés : la Taille, qui devint impôt royal en 1440.
        Droits abandonnés : les banalités parce qu’il fut dès la Renaissance plus rentable de concéder à des artisans moyennant un paiement annuel en numéraire plutôt qu’en nature ; une partie des Droits liés à la Haute Justice (lieu de châtiments et de procédure principalement) : l’œuvre centralisatrice et l’abaissement des prérogative de la noblesse au cours des 17e et 18e siècle fit en sorte que les individus condamnés par la justice seigneuriale puissent faire appel à la justice royale. De fait, de nombreux noble laissèrent leurs gibets tomber en ruine et ne firent rien pour obtenir l’autorisation de les réparer, transférant de facto la gestion des crimes les plus important vers la justice royale, se contentant de gérer des affaires n’encourant de fait que des amendes, parfois fort lucrative.
 

 

 


V Les autres ressources d’un domaine :


    Bien que l’exploitation agricole des terres soit la base d’un domaine, c’est souvent loin d’être la seule source de revenus du seigneur. Car, outre les parcelles cultivable, il est également propriétaire de forêt et du sous-sol.
-    l’exploitation forestière commence à être très rentable à partir du 15e siècle, avec le développement du commerce maritime, et à partir du 17e siècle les besoins en bois de construction navale (chênes en particulier) firent la fortune de certains propriétaires.
-    L’exploitation de sel : que ce soit en bordure de mer ou par des mines, le sel est un excellent revenu pour un seigneur. Bien que les mines nécessite plus d’investissement et plus de main d’œuvre, elles sont également bien plus productive que les salines du littoral, trop soumises aux aléas des marées et tempêtes. Le sel étant le moyen le plus fiable de conserver de la viande, il est largement consommé. En France, il devint dès 1346 un produit dont le roi avait le monopole est fixait le prix mais aussi la consommation minimale. Le sel rapportait pratiquement 20% des recettes du royaume
-    L’exploitation minière : si le charbon ne commença a devenir intéressant qu’au cours du 16e siècle, celui du fer fut stratégique dès l’antiquité : avoir du minerai de fer, c’était avoir la possibilité d’avoir des armes mais aussi des outils agricoles. Durant tout le moyen âge, la grande majorité des outils y compris les socs des charrues étaient en bois, parfois recouvert avec une mince plaque de fer sur l’extrémité. Des outils en fer permettait à la fois une meilleure productivité (moins d’efforts) et une meilleure rentabilité (labourer avec une charrue à soc de fer permet des sillons plus profond, de vraiment retourner la terre et donc une récolte moins aléatoire). 
-    L’élevage : lorsque les terres se révèlent pauvres et peu propices aux productions les plus rentables (blé, vigne), certains nobles convertirent leurs parcelles en pâturages, afin de gagner de l’argent grâce à la viande mais surtout du cuir ou de la laine.

 

 

VI Estimation de la fortune et des revenus d’une seigneurie : 


    Cela est très difficile, car même à domaine de surface équivalente et à titre équivalent, 2 seigneurs n’auront pas les même revenus : question de sol, de climat, de ressources…
    En théorie, les revenus sont au minimum suffisant pour que le seigneur entretienne son château, sa domesticité, son administration judiciaire, son service d’host et dégage une marge suffisante pour racheter pour lui-même et les chevaliers de sa maison un équipement complet, chevaux compris, tous les ans.
    Jusqu’à ce que la centralisation étatique ne finisse par prendre le pas sur la noblesse féodale (début 16e-début 18e), les seigneurs de haute noblesse étaient assez puissant et assez riche pour pouvoir lever des troupes assez nombreuses et relativement bien équipées. Il suffit de regarder les différentes guerres de religions en Europe au cours du 16e siècle et de la guerre de 30 ans pour le constater. Par exemple, au début du 17e siècle, le Comte de Jonzac était assez riche pour entretenir une troupe permanente de 100 cavaliers armés de pistolets et de pouvoir lever un régiment de 1000 hommes à ses frais (grosso modo 600 mousquets, 400 piques, 50 chevaux et 1 canon) pour le service du Roi Louis XIII. A la fin du 15e siècle, le Duc de Bourgogne faisait pratiquement jeu égal en richesse avec le Roi de France et était plus riche que le Roi d’Angleterre. Au 17e siècle, lever un régiment d’infanterie coûtait 20.000 £, un régiment de cavalerie légère (hussards…) 70.000£ et un régiment de cavalerie lourde (dragons, cuirassiers) 100.000£. On distinguait les régiments dits « royaux » (levé et entretenu par le roi) et « nobles » (levé par les nobles et entretenu par le roi en temps de guerre, par le propriétaire en temps de paix).
    En simplifiant largement et une fois toutes les dépenses de fonctionnement payées, un vavasseur devrait avoir un surplus minimum de 150 £ par an. Un seigneur châtelain au moins le double voire le triple et un baron dans les 500 £ au minimum et ainsi de suite.
     

 

 


VII Revenus annexes : bénéfices, charges & offices, noblesse de cours & pensions :


    En plus des revenus fonciers et régaliens de leur seigneurie, les nobles pouvaient avoir d’autres sources de richesses :
-    Les bénéfices : c’est à dire une part des revenus d’un domaine ecclésiastiques
-    Les charges : c’est à dire les postes à vocation militaire au service du roi
-    Les offices : c’est à dire les postes à vocation administrative, judiciaire ou législative au service du roi, mais aussi d’autres fonctions plus o

u moins honorifiques.

a)    Les bénéfices ecclésiastiques :
Depuis le 10e siècle et la mise en place de façon permanente et organisée de la Dîme à transformer les paroisses en sources de profit non négligeables, paroisses rattachées à des évêchés auxquels elles reversent une part de leur revenu. Ces évêchés sont d’ailleurs souvent des seigneurie ecclésiastiques (l’archevêque de Reims et également de fait comte de la seigneurie de Reims et est vassal direct du Roi de France, le Comte de Champagne réside à Troyes et est le rival territorial de l’archevêque). D’autre part, les monastères, couvent et prieuré sont autant de seigneurie ecclésiastiques possédant parfois Droit de Haute Justice. Or si les évêques sont toujours nommés par le Pape avec l’accord du Roi, les titulaires des autres biens ecclésiastiques sont pour leur part nommés directement par les évêques, eux-mêmes souvent désignés parmi les cadets des grandes familles dont on attend un juste retour d’ascenseur. Ainsi, la coutume voulait qu’il n’était pas nécessaire d’être un religieux pour être bénéficiaire d’un revenu de l’Eglise. En échange d’un comportement vertueux (en apparence) et d’un certain nombre de prière quotidienne, un laïc pouvait être désigné comme curé, abbé ou prieur. Par exemple, Hughes I portait le surnom de Capet dit-on parce qu’il portait une chape (chasuble) comme en portaient les abbés car il était bénéficiaire des revenus de plusieurs abbayes en Ile de France.
En ce qui concerne les paroisses, il convient de distinguer la différence qu’il existait entre le curé (titulaire du bénéfice de la paroisse, par forcément un religieux) et le desservant (prêtre délivrant les saints sacrements, obligatoirement un religieux).
Les revenus de la paroisse sont :
-    La dîme : c’est à dire littéralement « le dixième » de la production, dans les fait c’était légèrement plus complexe : c’était 1/11e pour les céréales, 1/12e pour le chanvre et le lin, 1/20e pour le vin. A ce prélèvement, chaque chrétien devait verser 1 denier à la Saint Martin. La répartition de ce revenu se faisait de la façon suivante : ¼ pour l’évêché, ½ pour le curé, ¼ pour le desservant et les pauvres.  La dîme ne concerne que les productions agricoles, mais y compris celle de la réserve seigneuriale. Les autres professions ne versent que le « denier de St Martin ».
-    L’oblat : c’est à dire « l’offrande », le produit de la quête effectuée lors de la messe du dimanche. Entièrement dédié au desservant.
-    Le casuel : c’est à dire la rétribution des offices religieux demandés par les fidèles (fiançailles / mariages : de 5 sols à 12 livres, office funèbre : de 5 deniers à 20 livres, pour la mémoire des morts : de 2 deniers à 4 livres etc.). Attention, il s’agit là seulement des offices religieux et non du don des saints sacrements qui lui est gratuit et obligatoire. Faire payer les saints sacrements est un crime dit de « Simonie » (de Simon le Magicien qui tenta d’acheter à Saint Pierre le pouvoir de ramener les morts à la vie), crime entraînant le bûcher pour le prêtre coupable (précédés de divers petits sévices peu plaisants). ¾ pour le desservant et ¼ pour l’évêque.
Revenu moyen d’une paroisse : aux 16e-18e siècle, les paroisses les plus pauvres ont un revenu annuel tournant autour de 500-600 livres annuelles, le quart le plus riche des paroisse campagnarde tournent autour de 2000 livres annuelles, quant aux paroisses cathédrales elles peuvent atteindre les 5000 livres annuelles.
Cependant, il ne faut pas généraliser, les paroisses dont le curé est un laïc sont relativement rares et concernent surtout la période moyenâgeuse et tend à se réduire avec le temps pour disparaître complètement à la fin du 16e siècle avec la Contre Réforme Catholique. Mais bien des évêques furent également curé de plusieurs paroisses, de préférence cathédrales. A partir du 16e siècle, les desservant devinrent de plus en plus souvent curé de leur paroisse, au point que depuis le 18e siècle curé est devenu synonyme de desservant.
    Revenus des abbayes, couvents et prieuré : ce sont des établissement qui sont également au minimum des seigneuries foncières, voire parfois des fiefs et perçoivent donc également les revenus correspondant à ceux évoqués plus haut. Ils perçoivent également la dîme pour les paroisses rattachées à leur abbayes, sources de conflits juridique sans fin entre les évêques et les moines, car les abbayes ne reversent pas le quart de la dîme à l’évêché mais le garde pour leur abbaye. L’abbé ou prieur garde pour lui le quart des revenus de l’abbaye toutes origines confondues. A la renaissance, le bénéfice d’un prieuré (petit établissement religieux) tournait autour des 1500-2000 livres annuelles, ceux des abbayes les plus importantes étaient au bas mot dix fois plus élevés. Mais, comme pour les paroisses, les abbés laïcs, largement majoritaires au 10e siècle, tend à se réduire avec le temps bien qu’au 18e siècle encore, le duc de Vendôme sera abbé laïc de 8 abbayes très riches qui lui rapportaient au total 100.000 livres par an. 
   
    Revenus des évêchés : recevant le quart de la dîme des paroisses rattachées à son autorité, l’évêché est une puissance financière importante d’autant qu’elles possèdent en propre de nombreuses terres venant de legs et dons plus ou moins anciens. Les évêchés sont généralement occupés par de véritables dynasties familiales indirectes (l’évêque favorisant un neveu pour lui succéder, voire parfois un fils mais c’est plus rare), ainsi la famille de Rohan, évêques de Strasbourg pendant plusieurs siècles. Les revenus d’un évêchés sont en gros au 16e-17e autour de 40 à 80.000 livres annuelles. Revenus qui n’étaient pas soumis à l’impôt royal, bien que le roi percevait les revenus de l’évêché tant que celui-ci était vacant. En théorie, entre un huitième et un quart de ce revenu doit revenir au Pape.

    Pour information, il y a une très large différence entre le train de vie des évêques et celui de l’humble desservant de paroisse souvent issu de la petite paysannerie. Et même dans les périodes les plus troublés, la corruption ne fut aussi généralisé que ce que certains écrits peuvent laisser penser.  


b)    Charges & Offices :
Les deux termes sont plus ou moins synonymes, dans le sens ou « charge » désigne le plus souvent la rétribution du poste et « office » le titre de celui-ci. Il s’agit d’un poste administratif, judiciaire ou militaire auquel un individu est nommé par le souverain. Les offices royaux servent à la fois à répondre à des besoins directs (encadrement des troupes, direction administratif), à récompenser des services rendus, à se constituer un clientèle de fidèles ou plus simplement à faire entrer de l’or dans les caisses de l’état. Car presque tous les offices civils peuvent être obtenus moyennant finances ainsi qu’une bonne partie des grades militaires (sauf général et amiral).
    Les offices civils et judiciaires, en particuliers ceux des Parlements (Conseillers ou Président) ou de Justice (Juge, Procureur) sont très recherchés par les bourgeois car ils sont anoblissants sur une, deux ou trois générations (« noblesse de robe » en référence aux robes de magistrats), mais également les offices d’échevins, consuls ou autres dans les cités ( « noblesse de cloches » en rapport avec les cloches des hôtels de ville). Par exemple, sous Louis XIV, le Parlement de Paris (la France compte alors 12 Parlements) compte plus de 1000 offices, du simple greffier au Premier Président tous sont vénaux et il faut débourser 15.000 £ pour acheter une charge de greffier, entre 40 et 80.000 £ pour un office de Conseiller et entre 250 et 400.000 £ pour un poste de Président. En contre partie, outre certaines exemptions d’impôts et divers avantages, la charge acquise rapporte au minimum 600 £ par an pour un greffier, 3.000 £ pour un conseiller et 6.000 £ pour un Président. A défaut d’être forcément compétent, il était néanmoins nécessaire d’avoir le bagage intellectuel correspondant à l’office : un parlementaire devait forcément avoir étudier le latin et le droit.   
    Les offices administratifs ne sont en principe réservé à la noblesse. Dès le 11e siècle, les souverains ont commencer à nommer des « officiers du roi » sur leur domaine pour administrer une province (lieutenant général / haute noblesse uniquement), une région (bailli/sénéchal/intendant), une forteresse ou un manoir (châtelain), rendre la justice (prévôt / juge de moyenne et basse justice royale). Ces offices servirent pratiquement dès le début à caser les cadets de familles nobles ou les petits seigneurs désargentés tout en s’assurant de leur fidélité à la couronne. Par la suite, les offices ont administratifs sont souvent passé de père en fils, ces « officiers » devenant souvent des seigneurs fonciers (possèdent un Domaine mais pas de Fief). A partir du 17e siècle, le poste de Lieutenant Général d’une Province est plus un titre de cours qu’une réelle fonction, bien que celui-ci continue à percevoir les revenus de sa charge, souvent très élevée (entre 6 et 10.000 £ annuelles). Les autres offices rapportent bien moins et obligent généralement leur titulaire a exercer pleinement son office (500 £ en moyenne pour un prévôt, entre 800 et 2000 £ pour un bailli/sénéchal) ou que cet office soit impératif (intendant entre 5 et 10.000 £ / châtelain entre 300 et 1000 £). 
Les offices militaires sont des postes d’encadrement dans les armées royales ou à bord des navires royaux. A partir du 15e siècle, la constitution d’armées nationales permanentes en remplacement des forces féodales nécessite la présence d’un nombre de plus en plus important d’officiers disponibles. En échange de leur disponibilité, les officiers reçoivent un traitement provenant du Trésor Royal, plus ou moins important en fonction du grade. A la différence des offices civils ou administratifs, les offices militaires peuvent avoir 3 positions : actif, disponibilité et surnuméraire.
-    Actif : l’officier est sensé être présent dans son unité ou avoir obtenu une permission dont la durée est précisée par un écrit du chef de corps ou de l’officier général, l’officier touche l’intégralité du revenu de sa charge.
-    Disponibilité : l’officier n’est pas en service actif, mais se tient prêt à rejoindre une affectation en cas de guerre ou de troubles, il touche l’intégralité du revenu de sa charge.
-    Surnuméraire : l’officier n’est convoqué qu’en cas de guerre pour encadrer des régiments qui seraient levés pour ce conflit. Il ne reçoit aucun revenu mais conserve son grade qui est sa propriété personnelle. C’est le cas de la plupart des officiers subalternes qui ont acheté leur grade, qui n’ont pas montré de grandes dispositions pour les arts militaires ni accompli d’actes méritoires et qui ne bénéficie pas d’un grand soutien à la cours ou dans la hiérarchie militaire.


c)    Noblesse de Cours & Pensions :
A partir de la fin du milieu de 16e siècle et la fin de la grande féodalité lié aux guerres de religions en Europe et du développement de la centralisation, la noblesse passe de plus en plus de temps à proximité du souverain devenu réellement le seigneur le plus puissant de son royaume. Il en vient à utiliser sa richesse pour « donner des hochets » aux courtisans pour s’assurer de leur fidélité et instaure une étiquette qui –consciemment ou non- va imposer un train de vie à la noblesse sans correspondance avec ses moyens financiers propre au point qu’elle va se ruiner dans des dépenses somptuaires qui l’empêcheront sinon de comploter mais du moins de fomenter des révoltes armées de grandes envergures comme elles avait pu le faire au Moyen Age et jusqu’au début du 17e siècle. Et pour maintenir leur train de vie, les courtisans doivent pouvoir demander faveurs et subsides au souverain, et pour approcher le souverain quoi de mieux que d’être officier de la « Maison du Roi » ?
La Maison du Roi :
Initialement, il s’agit de la domesticité et de la garde personnelle du souverain, au départ presque tous des roturiers. Mais sous louis XIV, la cour comptait 1400 « officiers de la maison du Roi » et 450 « officiers de la maison de la Reine », tous portant soit des titres d’offices déjà anciens (Echanson du Roi, Premier Majordome, Chambellan, Grand Veneur…) d’autre plus ridicules (Porteur de l’Arquebuse = celui qui à la chance de porter et de charger l’arme du souverain lors d’une chasse ; Porteur du Coton de Sa Majesté = celui qui tient le rouleau de papier toilette ; Remueuse du Dauphin = celle qui est chargé de bercer le jeune prince ; Porteur de Chemise : celui qui présente le matin une chemise propre au souverain quand il s’habille). Tous ces offices s’achètent, souvent très chers, et sont très prisé par la Haute Noblesse qui pense –parfois à juste titre mais pas toujours- que la proximité du roi ou de la reine permet d’obtenir plus facilement des faveurs. Les revenus de ces offices ne sont pas codifiés mais dépendent du bon vouloir du souverain lorsqu’il accorde cette charge.
La Maison Militaire du Roi : outre les régiments de  professionnels (suisses, écossais, irlandais, français, allemands…) chaque royaume disposait d’une « garde noble », composée uniquement de jeunes gens issus de la noblesse depuis au moins 3 générations et sachant bien se battre (15e-16e). Par la suite, ces gardes devinrent de moins en moins une élite militaire qu’une élite sociale : la compagnie des Mousquetaires Rouges était une élite sous Louis XIII, puis des gardes du corps sous Louis XIV pour finir par être plus une compagnie de parade sous Louis XVI (ils n’étaient qu’une trentaine à être présent auprès du Roi quand les parisiens envahirent les Tuileries  en 1792 et l’Histoire n’a retenu que le sacrifice des Gardes Suisses). Bien que fonctionnant avec le même système de grade que les autres régiments, les hommes qui les composaient touchaient une solde sans commune mesure avec celle de leurs homologues, un simple « mousquetaire rouge » avait une solde de 360£ par an soit 10 fois la solde annuel d’un simple troupier et autant qu’un colonel.

Noblesse de Cours : 

Après avoir combattu les grands féodaux pendant 5 ou 6 siècles, les souverains n’avaient aucune envie d’en créer de nouveaux ni de sacrifier leur autorité sur la moindre parcelle de leur domaine. Aussi apparu une noblesse dite « de cours » sous la forme du « fief rente » existant depuis le Moyen Age : c’est à dire le don d’une petite terre –parfois seulement 1 ou 2 hectares, à peine de quoi installer un manoir- en domaine simple dont le noble pourra prendre le nom, mais ce domaine ne pouvant pas assurer au noble les revenus suffisant pour assumer son rang, ce domaine était accompagné d’une rente en argent compensant plus ou moins largement l’absence de revenu direct de la terre. La plupart des nobles « créés » entre le 16e et le 19e siècle le furent sous cette forme. Libre après au noble d’acheter d’autres terres, mais il ne pourrait en aucun cas réclamer les droits de fief ni étendre son droit de domaine au delà des limites fixées par le souverain. Un fief rente est un revenu très variable, basé sur l’intérêt que portait le souverain à la personne à laquelle il l’accordait (la Marquise de Pompadour fut certainement mieux servie qu’un petit hobereau de province venu mendier de quoi assumer son rang).

Pension :

Une pension est un revenu accordé par le souverain lui même ou un prince à une  personne noble ou roturière pour une durée et un montant soumis à son bon vouloir. Une pension royale était accordée sur la « cassette royale » (l’argent du roi et non celui de l’état, en principe). Cela peut aller de quelques dizaines de livres par an à plusieurs milliers. L’obtention d’une pension nécessitait d’avoir accès au souverain ou de connaître quelqu’un ayant accès à lui et pouvant soutenir la cause du demandeur. Charge ensuite au « pensionnaire » de ne pas fâcher son protecteur et d’essayer de lui plaire le plus possible.

 

 

VIII Impôts Royaux :


    Il ne s’agit pas d’une liste exhaustive ni parfaite au niveau des taux, loin s’en faut hélas, car les impôts royaux ont beaucoup évolué entre le début de la monarchie capétienne et la Révolution Française. Mais je pense avoir mis les impôts les plus importants. Le Roi peut également en certaines circonstance lever un impôt sur les revenus de l’Eglise : la Décime. Avec l’accord du pape et dans le cadre d’une guerre sainte (croisade, lutte contre l’hérésie) le roi peut lever un impôt de 10% sur l’ensemble des revenus de l’église (dîmes et revenus des domaines ecclésiastiques)

 

Nom

Type

Contribuables

Valeur (moyenne au 15e)

Aides

taxe

tous

taxe dite de "4 denier par livre"sur la vente des vins et alcools (1350)

Capitation

impôt

sauf clergé

entre 1/11e et 1/90e des revenus, les contribuables payant moins de 40 sous de Taille sont dispensés, à l'inverse les princes de sang doivent payer 2000 £. Les contribuables sont divisisés en 22 classes dont le montant de capitation va de 1 à 2000 £. La 22e et dernières classe qui comprend ouvriers, journaliers et soldats ne paie qu'une livre. (1695)

Centième Denier

taxe

tous

taxe de 1% sur les ventes et échanges commerciaux

Corvée Royale

TIG

Communauté

jours de travaux sur les routes et ponts royaux

Franc Fief

taxe

roturier

droit payé par un non noble propriétaire d'une seigneurie foncière (environ 10% du revenu des terres)

Gabelle

taxe

tous

taxe sur la vente et consommation du sel, dont l'importance était variable selon les régions, mais le prix final était au minimum 10 fois plus élevé que le coût d'achat par l'état. (1343)

Papier Timbré

taxe

tous

équivalent du timbre fiscal actuel

Taille

impôt

roturier

Impôt dont le montant global est fixé par l'état puis répartit entre les différentes provinces, qui en répartissent la charge entre tous les contribuables en fonction de l'estimation des richesses.

Impôt du Dixième

impôt

sauf clergé

impôt sur le revenu équivalent à 10% des revenus du contribuable provenant de l'indutrie, du commerce, des professions libérales et de la propriétés (tenanciers, fermiers et métayers en sont donc dispensés), établi en 1710.

impôt du Vingtième

impôt

Tous

impôt sur le revenu équivalent à 5% des revenus du contribuable provenant de l'indutrie, du commerce et de la propriétés (tenanciers, fermiers et métayers en sont donc dispensés), il remplace l'impôt du dixième en 1749

Régale

droit

Evêché

Le Roi perçoit le revenu d'un évêché tant que celui-ci est vacant.

Relief

droit

Seigneurie

L'héritier d'une seigneurie doit remettre au Roi l'équivalent d'une année de revenu de ladite seigneurie pour faire confirmer son titre.

 



ANNEXES :
Statuts et appellations des paysans au Moyen Age :


Statut servile :
-    Serf : paysan travaillant une ou plusieurs tenures et vivant dans une demeure villageoise
-    Ancillaire : paysan travaillant sur la réserve domaniale et vivant dans les dépendances du château (devient rare après le 11e siècle et disparaît au cours du 13e siècle)


Statut libre :
-    Alleutier : paysan propriétaire d’une parcelle de terre plus ou moins importante   parcelle de terre libre)
-    Vilain : paysan travaillant une plusieurs tenures et vivant dans une demeure villageoise
-    Rustre : paysan travaillant une ou plusieurs tenures et vivant dans une demeure isolée


Appellations :
-    Laboureur : paysan assez riche pour posséder une charrue à soc de fer et des animaux de traits, il s’agit généralement d’un alleutier.
-    Fermier : paysan libre ou servile louant pour une période de 2 à 5 ans une partie de la Réserve, en échange d’un loyer fixe payable en argent et définit lors de l’installation de l’exploitant.
-    Métayer : paysan libre ou servile louant pour un bail annuel une partie de la Réserve en échange d’un loyer payable en nature et représentant entre 30 et 50% de la récolte.
-    Colon : paysan installé sur une tenure initialement non agricole (forêt, lande, marais) et qui, en échange de son travail de défrichement et de mise en valeur de la terre, était dispensé d’une partie des taxes seigneuriales et finissait par être propriétaire d’une partie des terres défrichées.


La servitude :
    Il y a 2 types de servitudes au Moyen Age :  la servitude de terre et la servitude de corps.
    La servitude de terre : certaines tenures étaient dites libres  et d’autres non-libres. Si un paysan libre décidait de prendre une tenure non-libre il perdait son statut d’homme libre tant qu’il exploitait cette tenure et ne pouvait donc quitter la seigneurie sans l’accord du seigneur. Cependant, il retrouvait son statut d’homme libre dès qu’il cessait d’exploiter cette tenure avec l’accord de son seigneur, moyennant le paiement d’une taxe. De plus, ni ses enfants ni son épouse n’était considéré comme servile, la servitude ne concernait que le paysan lui-même et n’était pas transmissible.
    La servitude de corps : cette servitude indique que l’individu n’est pas libre de ses déplacement et de ses décisions importantes. Cependant il n’est pas non plus la propriété de son seigneur comme c’était le cas dans l’antiquité et dans la période du Haut Moyen Age, bien que la condition des serfs ancillaires s’en rapprochait assez.

Droits et Contraintes du Serf :
    Le serf est une personne au sens juridique du terme, il a le droit d’acheter et de posséder des biens mobiliers et immobiliers, à l’exclusion de terres ayant appartenues à la noblesse ou au clergé. De même, il ne peut être condamner à aucune peine ni aucun châtiment sans avoir été entendu par un juge.
    De plus, théologiquement parlant le serf est un être humain à part entière, l’Eglise interdisant la mise en esclavage d’un chrétien par un autre chrétien, le seigneur n’a en aucun cas le droit de vie ou de mort sur ses serfs, ni même le droit de les faire battre ou emprisonner sans raison valable…en théorie. Il y a eut des cas où des communautés serviles ont réussi à faire punir leur seigneur en faisant appel à l’évêque local ou au roi. Certes, il fallait également que ledit évêque ou roi ait également des raisons personnels de faire punir un noble, mais les lois et coutumes indiquaient néanmoins qu’un seigneur n’était que le propriétaire de la force de travail et non de l’individu.
    Enfin, le serf n’est en aucun cas astreint à un quelconque service de milice, n’étant pas un homme libre, les devoirs de défense du domaine ne lui incombe pas, à la différence des autres paysans qui peuvent être requis par leur seigneur pour des activité militaire, dans le cadre des jours de corvées qu’ils lui doivent, cet avantage est malheureusement compensé par le paiement d’une taxe supplémentaire.
    Cependant, il n’a pas le droit de quitter le territoire du domaine ni de résider en dehors d’un domicile définit par le seigneur. En cas de violation de ces interdictions, le seigneur est en droit d’user de tous les moyens pour le ramener sur son domaine, y compris la coercition, contre ceux qui aurait pu aider le serf fugitif.
    De plus, les deux principales contraintes pesant sur le serfs concernent sa famille :
-    Formariage : il n’a pas le droit d’épouser une personne libre, ni une personne (libre ou servile) résidant dans un autre domaine sans l’autorisation de son seigneur, généralement monnayable.    
-    Mainmorte : bien qu’ayant le droit d’être propriétaires de biens, le serf ne pouvait pas les transmettre à sa famille, son seigneur étant par défaut le seul héritier de ses serfs. Il n’avait pas non plus le droit de rédiger un testament, et même les donations à l’Eglise ne pouvaient pas dépasser le dixième de ses biens. La aussi, généralement, le seigneur autorisait la transmission du patrimoine moyennant le paiement d’une somme variable (entre le quart et la moitié de la valeur du patrimoine) par les enfants et conjoint du défunt. Une coutume voulait que tant qu’une famille servile forme une communauté de biens et que tant que cette famille vivait sous le même toit, le patrimoine restait entier (communauté dite « taisible ») et le droit de mainmorte du seigneur ne pouvait être appliqué car le seigneur gardait la main d’œuvre nécessaire à la culture de ses tenures.


Transmission de la condition servile :

    La condition servile se transmet de façon différente en fonction des régions, mais le plus souvent c’est par la mère dans le cas des ancillaires, et par le père dans le cas des serfs. Il existaient de nombreuses nuances selon les régions : parfois le fils aîné était considéré comme un homme libre, parfois seul le fils aîné était considéré comme servile, parfois les premier enfant de chaque sexe etc. Cependant, à la fin du 12e siècle, le servage commença à reculer, certaines communautés serviles s’endettèrent sur 2 ou 3 générations pour acheter à leur liberté à leur seigneur.


La paysannerie au cours du Moyen Age :
    Ce qu’il est important de comprendre c’est que contrairement aux idées reçues, le monde agricole est très mobile au Moyen Age, il n’est pas rare qu’un paysan libre quitte son village et son domaine d’origine avec femme et enfant pour aller s’installer dans une autre seigneurie où les taxes sont moindres et les terres plus riches. A moins qu’il n’opte pour la solution de devenir un colon afin d’être dispensé d’une partie des taxes et finir par posséder en alleu une partie des terres qu’il aura lui même défriché. Même les paysans de conditions serviles étaient relativement mobiles : il n’existe pas d’état civil, ni de fichier de police, ni avis de recherche et les rivalités entre seigneurs sont parfois telles que certains n’hésitent pas à accueillir à bras ouverts et avec des aides non négligeables les serfs fuyant un seigneur rival.


Les grades dans les armées 15e - 18e siècle :
Aujourd’hui le terme de grade concerne l’ensemble des échelons de la hiérarchie militaire sauf deux qui sont des distinctions (Soldat de 1ère Classe et Maréchal de France). Dans l’Ancien Régime, le terme de grade ne désignait que les échelons inférieurs (Troupe et Bas Officiers) qui ne reflétait que l’état militaire sans transposition civile. Les échelons à partir de second lieutenant étaient des charges, c’est à dire que le titre hiérarchique était concédé à son porteur par l’autorité royale et que l’individu en était propriétaire jusqu’à sa mort sauf condamnation pour trahison.
    Jusqu’à la Révolution, la vie des soldats était assez rudes, les permissions étaient de l’ordre de l’exceptionnel, les troupiers n’avaient théoriquement pas le droit de se marier et jusqu’à la fin du  17e siècle, les casernes n’existaient pas et ils vivaient donc sous la tente la moitié de l’année et chez l’habitant pendant la mauvaise saison. La désertion était sévèrement sanctionné (châtiments corporels, marquage au fer rouge, pendaison ou fusillade) autant pour les troupiers que pour les bas-officiers.
    Les officiers, en particulier au 17e et 18e siècle, bénéficiaient d’un traitement nettement moins rude : permissions de longue durée (6 mois voire plus), dispense de service (nobles uniquement) et soldes largement plus substantielles. Certains officiers –y compris des colonels- n’ont parfois jamais mis les pieds sur un champ de bataille même au plus fort des guerres de Louis XIV et de Louis XV.
    NB : la solde indiquée correspond au revenu annuel pour l’époque Louis XIII et Louis XIV


Armée de Terre :

    Troupe : accessibles aux seuls roturiers
-    Soldat : le troupier de base (36 £)
-    Caporal  : il commande une dizaine d’hommes avec lequel il se trouve en permanence. A partir du 17e siècle on distingue le caporal (troupes à pieds) et le brigadier (troupes à cheval) (48 £)
-    Fourrier (18e) : c’est un caporal / brigadier occupant de tâches logistiques, il n’est pas nécessaire de savoir et écrire, mais cette connaissance offre la possibilité de passer sergent major (60 £).
Bas Officiers : accessibles aux seuls roturiers
-    Sergent (10e) : au départ un auxiliaire (à pied ou à cheval) d’un chevalier, portant armure et bouclier. A partir du 15e siècle il devient celui qui maintient les troupes en ordre serré (« serre gens »), il porte une hallebarde comme arme distinctive jusqu’à la Guerre d’Indépendance des USA. Dans les troupes montées, il porte le nom de maréchal des logis car son rôle initial était de trouver et organiser le bivouac et le ravitaillement des montures. (72£)
-    Sergent Major (17e) : c’est grade dit « de plume » car ce gradé avait pour mission principale de tenir à jour registres et livres de comptes de la compagnie, du bataillon, du régiment etc. Il devait donc savoir lire et écrire et se tenait le plus souvent auprès des « bagages » ou de l’officier supérieur auquel il servait régulièrement comme estafette. Porte également le nom de Premier Sergent. C’est un poste assez prisé car il est moins dangereux et bien mieux payé (96£).
-    Adjudant (18e) : c’est le grade le plus élevé des Bas Officiers, ils ne sont pas affecté dans des compagnies mais au sein des état major régimentaires ou supérieurs. Ils sont chargés de tâches administratives et logistiques mais de transmission (estafette et courrier) mais aussi opérationnelles : car ils peuvent remplacer un officier de compagnie hors de combat (d’où leur nom, venant de adjoint). Un adjudant a déjà passé de 5 à 10 ans comme sergent, il doit savoir lire et écrire et peut espérer après 10 ans de service accéder au grade de second lieutenant. L’adjudant est le seul bas officier a disposer d’un cheval dans les troupes à pieds. (108£)
Officiers : en principe réservé à la noblesse, accessibles aux roturiers sous condition
-    Second Lieutenant (17e) : grade le plus élevé accessible à un roturier issu des couches les plus basses. Ce grades est réservé soit aux jeunes gens qui sortent des collèges militaires (17e et 18e) soit aux anciens adjudants et sergents majors. Leur rôle consistent à gérer le détail du service et à organiser l’instruction de la troupe. (120 £)
-    Lieutenant (16e) : il est l’officier adjoint de l’officier de compagnie (capitaine) et le remplace en son absence, son nom venant : « tenant lieu de ». (160£)
-    Capitaine (11e) : au départ ce terme désigne tout chef de troupe, quelle que soit l’importance de celle-ci. A partir du 15e siècle ce terme désigne un officier de l’armée royale dirigeant une compagnie (troupes à pieds), un escadron (troupes montées) ou uen batterie (artillerie). Le capitaine est poste hautement tactique et la valeur d’une compagnie dépend grandement de celle de son capitaine. C’est le rang le plus élevé que peut espérer atteindre un roturier en temps de paix. (204£)
-    Commandant (16e) : c’est le titre que l’on donne à un officier chef de bataillon ou d’escadrons. Généralement il s’agit du plus ancien ou du plus expérimenté des capitaine de compagnie de ce bataillon, cela ne deviendra un rang à part entière sous le Premier Empire. Il supplée au Lieutenant Colonel si celui est appelé à d’autres tâches. Ce poste est le plus élevé que peut espérer un roturier après des années de service et une conduite honorable au combat.  (240 £)
-    Lieutenant Colonel (17e) : Sous Louis XIV, ce rang désignera l’officier commandant –en titre sinon en fait – un bataillon ou un groupes d’escadrons. Il désigne également l’adjoint immédiat d’un colonel et les officiers d’état major d’un général. Sous le Premier Empire il portera le nom de Major. (300 £)
-    Colonel (16e) : initialement chef d’une colonne, c’est à dire le groupement de nombreuses compagnies. Le colonel commande un régiment qui comportent plusieurs bataillons, batteries ou escadrons. Il est parfois propriétaire de son régiment qui porte alors son nom et qu’il peut vendre sous réserve de l’accord du Roi. Il porte parfois le titre de « Mestre de Camp » au lieu de colonel (surtout dans la cavalerie mais pas uniquement). En temps de paix, les colonels (haute noblesse le plus souvent) laissent à leur adjoint (petite noblesse) le soin de s’occuper du fonctionnement du régiment, ne rejoignant leurs troupes que pour la guerre (et encore) ou pour les revues. Un colonel propriétaire n’a pas besoin d’être un vieux briscards, certains ducs furent colonels propriétaires à l’âge de 14 ans… (360£)
-    Maréchal de Camp (16e) : il s’agit d’un officier général commandant une brigade c’est à dire un ensemble de 2 ou 3 régiments. Fonction purement logistique et administrative au 16e, il commencera à avoir un rôle tactique au 17e et culminera sous le Premier Empire. (600 £)
-    Lieutenant Général (16e) : il s’agit d’un officier général commandant plusieurs brigades, il deviendra Général de Division en 1793. Dès le départ, le Lieutenant Général est nommé par le Roi et c’est une charge que l’on ne peut pas acheter. Il est également l’adjoint du Général dont il commande une partie de l’armée. (1200£)
-    Général de l’Armée de… (16e) : c’est un titre plus qu’un rang hiérarchique, il s’agit d’un officier auquel le roi a confié une armée destinée à protéger ou conquérir une région (armée du nord, des Pyrénées, d’Italie…). Il est le stratège et le commandant en chef de toutes les troupes et services rattachés à cette armée. Le général est souvent un Maréchal de France.
-    Maréchal de France (12e) : il s’agit d’un titre honorifique donné à un officier général auquel le souverain accorde toute sa confiance (en terme de noblesse, ils ont rang juste après les princes de sang et avant les ducs. Le roi appelle un maréchal « mon cousin » quand il s’adresse à lui). Sous l’ancien régime, il y avait toujours une douzaine de Maréchaux de France en vie, chacun pouvant se voir confier le commandement d’une armée. (2400£)
Marine :
    Equipage :  (roturier uniquement)
-    Mousse : garçon entre 12 et 16 ans recrutés avec l’accord de leurs parents. A partir du 18e, les mousses forme la pépinière des officiers mariniers. (12£)
-    Apprenti ou Novice : jeune marin qui n’a pas été mousse et dont c’est le premier embarquement sur un navire de guerre. Après 1 an de service, il devient matelot. (18£)
-    Domestiques : personnel non matelot et non combattant chargé de tâches domestiques (blanchisserie, cuisine, services des officiers), il perçoit la même solde que l’apprenti, au 18e il s’agit assez souvent de noirs (esclaves ou d’affranchis) pour les navires basés aux colonies. (18£) 
-    Matelot : l’homme de base de l’équipage. (24£)
-    Fusilier Marin : matelot plus soldat que marin dont le rôle principal est le combat. (21£)
-    Fourrier : matelot chargé de tâches logistiques, doit savoir lire et écrire. (30£)
-    Quartier Maître : matelot gradé qui dirige une dizaine de ses camarades. (30£)
Officiers Mariniers : (roturiers uniquement)
On distingue les « Officiers de Manœuvres » et les « Officiers de Métier », en principe tous doivent savoir lire, en pratique peu de capitaines hésitaient à donner de l’avancement à marin très expérimenté dans un domaine mais illettré.
-    Officier de Manœuvre : il a été matelot pendant au moins 5 ans et il possède obligatoirement une spécialité :
-    Maître canonnier : il dirige le pointage d’un groupe de canons et est l’adjoint de l’officier de pont.
-    Maître de Manœuvre ou Bosco : il dirige les manœuvres des voiles et des ancres.
-    Maître de Timonerie : il dirige les matelots chargés de la manœuvre de la barre et de son entretien. Il est également le pilote du navire. 
-    Maître d’Equipage : il encadre les différents Quartiers Maître, il est le responsable de la discipline et de l’emploi du temps à bord.
-    Patron : il est le responsable de la chaloupe et des canots du navire et des équipages de ceux-ci.
-    Capitaine (ou Maître) d’Armes : il dirige l’entraînement au combat des matelots, il sélectionne et commande le groupe d’abordage et assure la surveillance et la sécurité de l’armurerie du navire.
-    Officier de Métier : ce sont  des officiers possédant un savoir faire particulier dans le domaine technique -    Maître Charpentier : dirige les travaux d’entretien et de réparation du navire
-    Maître Voilier : dirige les travaux d’entretien et de réparation des voiles
-    Maître Calfat : dirige les travaux d’entretien et de réparation de la coque
-    Maître Armurier : dirige les travaux  d’entretien et de réparations des armes du bord
-    Maître Coq : dirige la cuisine du bord
-    Maître Boulanger : prépare pain et biscuit pour l’équipage, il est également responsable de la surveillance du four (risques d’incendies)
-    Maître Chirurgien : adjoint du médecin du bord, principalement chargé des amputations.

- Rangs des Officiers Mariniers
-    second maître / maître : chacun des postes est doublée (un maître et un second maître). (36 £ pour un second maître, 48£ pour un maître)
-    premier maître : en principe, cela désigne le Maître d’Equipage. (60£)

Officiers : (bourgeoisie et noblesse…les amiraux proviennent presque tous de la noblesse)
-    Garde Marine : jeune issu de la noblesse ou de la bourgeoisie entre 14 et 17 ans qui souhaite devenir officier de marine. (48 £)
-    Enseigne de Vaisseau : officier subalterne qui seconde et/ou peut remplace un lieutenant de vaisseau à bord des grands bâtiments mais qui est  encore trop jeune pour exercer un commandement direct sur un petit bâtiment.  (108 £)
-    Lieutenant de Vaisseau : officier subalterne qui peut commander un petit bâtiment (brick, tartane…), être le second d’un navire plus grand (corvette ou frégate) ou encore officier de Pont (commande et dirige les canons d’une batterie) ou de Navigation (dirige la timonerie) sur un navire de ligne (2 ou 3 ponts), ou Médecin. (tout navire) (144£)
-    Capitaine :  officier supérieur appelé à diriger des navires de grande taille, on distingue les capitaines de corvette, de frégate et de vaisseau. Dans le principe, un capitaine de corvette pourra être second à bord d’une frégate ou d’un vaisseau. (CC 180 £, CF 240 £, CV 300 £)
-    Amiral : officier général qui commande un ou plusieurs groupe de navires.
-    Contre amiral : dirige une division (entre 2 et 6 navires) (480 £)
-    Vice Amiral : dirige une flottille  (entre 2 et 4 divisions) (600 £)
-    Amiral : dirige une escadre, c’est à dire l’ensemble des navires rattachés à une « région navale » soit 3 en France sous l’Ancien Régime : Bretagne, Guyenne et Midi. (1 200 £)
-    Amiral de France : équivalent au Maréchal de France pour la Marine. (2 400 £)

Bien que la solde des marins soit inférieure à celle de l’armée de terre, les marins avaient plus de possibilité de « faire du butin ». La prise d’un navire marchand ennemi entraînait une répartition de la valeur marchande de sa cargaison : 50% pour le Roi, 25% pour les officiers, 25% pour les officiers mariniers et équipage, et un navire chargé de soie, de thé ou d’épices valait très cher…
A la différence d’un navire de guerre, la plupart des navires marchands ne comptaient qu’un état major réduit (capitaine, second et une demi douzaine de maîtres seulement). 

 

 

Glossaire :

Alleu (ou Allod) : terre libre en vieux francique, c’est à dire une parcelle de terre agricole pour laquelle l’exploitant n’a pas à payer de redevance domaniale à un seigneur.

Ancillaire : vient du latin ancilla qui désigne un domestique, un esclave domestique

Apanage : part du domaine donné en seigneurie par un père à un fils cadet sous réserve d’un serment de vassalité envers son aîné et l’obligation faite que cette seigneurie revienne dans à la branche aînée si il n’y a pas de descendant masculin direct.

Carcan : peine infamante / endroit où un condamné au carcan est exposé à la vue de la population, le cou et les mains coincé entre 2 pièces de bois. La durée de l’exposition allait de quelques heures à 3 jours, les motifs de la condamnation étaient crié par un sergent et il est de coutume que le condamné soit bombardé de fruits et légumes pourris, de boue ou ‘autres choses moins agréables, bien que la population ne soit pas autorisé à utiliser des pierres ou autres objets pouvant entraîner des blessures.

Félonie : haute trahison entraînant théoriquement la déchéance de tous les titres du coupable et de la saisie de ses terres par son suzerain.

Fouage : feu, foyer. Au moyen âge, ce terme désignait à la fois le foyer familial et le foyer fiscal, ce qui pose aujourd’hui des problèmes pour évaluer la population d’un lieu. Car si un fouage dans le sens familial désigne un groupe humain de 4/5 personnes en moyenne, un foyer fiscal désigne une part de la Taille. Or si 1 fouage paysan équivaut bien à 1 fouage fiscal, une échoppe d’orfèvre compte un fouage au sens démographique, mais au moins 3 au sens fiscal. Ainsi, on sait que Paris comptait 80.000 fouages au 14e siècle…mais sur le registre des Tailles ! donc doit dire que Paris avait 250.000 habitants ou moins ? Ou est-ce que la richesse provenant du commerce représentait 80.000 parts d’impôt ? Faute de registres d’état civil, nous n’en aurons jamais la certitude…et cela est valable pour la plupart des villes avant le 17e siècle. 

Fourches Patibulaires / Gibet : lieu d’exécution et d’exposition des criminels / contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de la potence en bois comme dans les pays anglo-saxons) mais de piliers en maçonnerie (2/3/4 ou 6) supportant des traverses de bois auxquelles étaient accrochés des cordes. Le terme « pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive » n’est pas un abus de langage car les enfants de moins de 15 ans coupable de crimes devant entraîner la mort étaient bel et bien pendu, mais la corde était passé sous les aisselles et bien que le douleur soit forte, ils survivaient généralement, le but étant de leur donner une leçon. Dans le cas d’une exécution capitale, la durée d’exposition était défini dans la sentence. En fonction du crime et du statut social, la famille était autorisé à récupérer le cadavre à plus ou moins long terme, voire pas du tout, condamnant de facto le criminel à ne pas être enterré en terre chrétienne et donc de le vouer à la damnation éternelle…

Host : armée féodale / chaque noble devait à son suzerain 40 jours de service par an et devait être accompagné au moins d’une lance. Durant cette période, l’entretien de ses troupes lui incombait, mais si le suzerain décidait de prolonger la durée, il devait alors prendre en charge la totalité des frais d’entretien.

Lance :
-    Moyen Age : unité militaire composé en principe d’un chevalier, de 2 ou 3 cavaliers, de 1 ou 2 sergents à pieds, de 2 ou 3 archers, de 2 valets d’armes et d’un écuyer par noble. Soit une douzaine d’homme environ dont 4 non combattants qui s’occupaient des bagages.
-    A partir de 1440 en France (et jusqu’au début du 17e siècle) : 6 cavaliers lourds désigné sous le terme de « Gens d’Armes » le plus souvent issu de la noblesse mais pas toujours.  Chaque chevalier étant accompagné d’un valet d’arme, d’un écuyer ou d’un page, de 2 archers et d’un sergent portant armure et arme d’hast. 100 Lances formant une Compagnie de Grande Ordonnance, l’Armée Royale comptait 20 de ces compagnies soit une force mobile permanente de 12.000 cavaliers lourds accompagnée de 12.000 fantassins lourds et 24.000 archers (terme regroupant archer, arbalétriers et arquebusiers). Le Roi ne rétribuait directement que les chevaliers qui payaient et équipaient eux-mêmes leurs suivants. Mais les frais d’entretien (nourriture, logement…) étaient à la charge de la couronne.

Pilori : peine afflictive et infamante / estrade en pierre ou en maçonnerie plantée d’un poteau de bois auquel sont fixés des chaînes et des menottes. Le condamné est attaché solidement puis dévêtu partiellement ou totalement pour recevoir son châtiment (fouet, verges, marquage au fer rouge) après qu’un sergent ait crié à la population la sentence du tribunal. Généralement, le condamné est ensuite placé au carcan, ce qui fait qu’aujourd’hui on confonde le pilori et le carcan.

Réserve : partie du domaine seigneurial dont le produit de l’exploitation sert à nourrir et entretenir directement le seigneur et sa maisonnée. 
Tenure : parcelle de terre agricole appartenant au domaine seigneurial et qui est concéder en exploitation à des paysans libres ou serviles.

Rustre : vient du latin rusticus = homme vivant à la campagne.

Serf : vient du latin esclave, personne soumis à une servitude.

Vilain : (ou villain) vient du terme villa et village et définit un individu appartenant à une communauté agricole

 

Sources :
L’Europe de l’An Mil (M Bourrin et M Parisse)
La France au Moyen Age 5e –15e siècle (Claude Gauvard)
Histoire du Peuple Français T2 et 3 (Pierre Lafue)
Quid et divers Historia.


 
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La Gazette du satyre Alraune

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