Morganes

A la fin de l’automne, alors qu’elle se promenait enveloppée dans une écharpe de brume, la Dame du Déclin croisa son image dans le reflet d’une mare. Quelques rayons de soleil perçaient les nuages ce jour-là. Se trouvant belle un instant, la Dame se sourit, le cœur léger, ce qui était une rareté. Quand elle reprit son chemin, son reflet resta dans la mare. Et de ce reflet sortirent les premières morganes. Ainsi va la légende de ce Décan qui naquit d’une émotion spontanée, narcissique et heureuse de la Dame de l’Automne. Leur premier rôle était de conserver dans leur cœur les derniers rayons de soleil de l’automne, pour les libérer au printemps. Ainsi elles se firent les messagères de la mélancolie, des instants qui précèdent le dernier.
 
 

Quand l’hiver enneigea l’Harmonde, les morganes sortirent de leur écrin pour découvrir ce qui se trouvait au-delà du marais où elles avaient vu le jour. Elles rejoignirent alors la première des cités humaines, Albandisse. La réaction des hommes fut immédiate à la vue de ces somptueuses créatures : elles furent aussitôt capturées et servirent dès lors à assouvir leurs plus vils désirs. Encore innocentes, les morganes ne pouvaient pas guérir d’une blessure d’amour. Le comportement outrancier des humains les frappa en plein cœur… Une à une, les morganes fanèrent dans leurs cellules et le décan, à peine né, fut sur le point de disparaître.
 
 

Pour sauver ses filles, la Dame de l’Automne demanda le secours de sa sœur, la Dame de l’Hiver, dont la saison enveloppait alors Albandisse. Celle-ci accepta la requête et s’introduisit une nuit dans la ville pour donner à chaque morgane survivante un cœur de glace à mille facettes. Ainsi, nul ne pourrait plus blesser ces saisonins si fragiles face aux sentiments et plus jamais ils ne seraient les esclaves d’un amour impossible. Quand, au matin, les humains revinrent les chercher, ils ne trouvèrent pas les fragiles créatures de la veille, mais des femmes à l’aura majestueuse et glaciale qui, ajoutée à leur grande beauté, les firent se prosterner d’admiration. Les morganes n’eurent qu’à s’asseoir sur le trône… Leur reine se nommait Morkanelle Douçamère.
 
 

C’est depuis ce jour que les morganes apprirent à percevoir la lumière que dégagent les mortels amoureux. Cette lumière réchauffe leur cœur glacé qui l’absorbe et les morganes se souviennent alors de leur nature d’origine et de l’innocence dont elles étaient faites. Mais nul mortel ne fait assez de lumière pour réchauffer leur cœur complètement. La morgane repart alors à la recherche d’un autre amant, laissant dans son sillage la foule éplorée de ceux qu’elle délaisse. Si quelqu’un lui résiste, la morgane peut parvenir à faire fondre son cœur de glace pour libérer la lumière qu’il renferme et ainsi forcer la cible, aveuglée, à tomber amoureuse. Les deux amants vivent ensuite une courte idylle pendant que le cœur de glace de la morgane se reforme peu à peu. La conclusion de cet amour ne pourra être que tragique.
 
 

Quand la guerre des Décans commença, certaines morganes se rendirent sur les champs de bataille dans leurs chariots tirés par d’énormes crapauds ou des cohortes d’amants. Les autres séduirent les généraux humains pour se préparer à les retourner contre les décans ennemis. Le plan fut jugé déloyal et l’Automne déclarée perdante (cf. Petite histoire des saisons ). Les ogres voulurent se venger et assiégèrent Albandisse où s’étaient réfugiées les morganes. Alors que tout semblait perdu, la reine reçut une visite nocturne : Vitrance, Haut Diable de la possession, était sorti des Abysses pour venir la rencontrer. En échange de son aide, il lui demanda sa main et l’amour de son peuple. N’ayant pas le choix, Morkanelle accepta. C’est grâce à ce pouvoir des morganes de créer l’amour que le Haut Diable sut s’affranchir de l’influence des Abysses et demeure depuis à la surface (cf. chapitre : « La magie : la conjuration »).
 
 

La plupart des morganes refusèrent la domination de Vitrance et quittèrent Albandisse dans un exode qui ne devait plus prendre fin, abandonnant leur reine. C’est depuis qu’aux trousses de chaque morgane se trouve un Haruspice, un démon de Vitrance chargé de les traquer et de leur arracher le cœur pour le ramener à leur maître possessif. Celui-ci compte les récupérer un à un pour qu’un jour tous ornent le rosier de son trône. Pour cela, les Haruspices repèrent les morganes en flairant leur prénom répété dans la mémoire de leurs amants. Ainsi, plus une morgane séduit et plus l’Haruspice se rapproche… C’est pourquoi les morganes changent de nom à chaque nouvelle lune, grâce à un rituel.
 
 

Cette traque qui dure maintenant depuis des millénaires ne sut pourtant pas avoir raison des morganes, qui développèrent nombre d’astuces pour se protéger des démons de Vitrance. Certaines, les morganes marines, rejoignirent la mer et s’adaptèrent à un mode de vie aquatique. Pour une raison que vous trouverez dans le Souffre-Jour n°2, les Haruspices craignent les rivages et l’étendue maritime. Souvent confondues avec les sirènes, ces morganes attirant les marins de leurs chants enjôleurs ont parfois les mains et les pieds palmés et peuvent respirer sous l’eau comme à l’air libre.
D’autres se réfugièrent derrière les miroirs en y découvrant l’existence du Pays sans teint, un monde flou et brumeux qui, selon la légende, serait une copie de l’Harmonde créée par Nuence. Ce sont les sorcières-reflet dont la capacité principale est de se déplacer d’un simple miroir à un autre.
De nombreuses autres profitèrent de l’Eclipse pour se joindre au Masque et obtenir sa protection en échange de quelques rôles accomplis pour lui au sein de son Drame.
Mais certaines morganes choisirent de conserver leur indépendance, continuant à fuir éternellement les Haruspices, preuve du tempérament individualiste et indépendant de ce décan. Il en existe aujourd’hui quelques unes à porter un Flamme connues du conseil des Décans, comme la célèbre Sophonyse parcourant l’Harmonde en caravane en compagnie des ses danseuses. Mais l’existence de la plupart d’entre elles est tenue secrète aux yeux des autres Inspirés, leur Inspiration relevant encore du domaine de l’expérience. Seule une morgane amoureuse ayant fait fondre son cœur peut se voir remettre une Flamme. Si on tentait de l’Inspirer autrement, son cœur de glace aurait soin de l’éteindre aussitôt.
 
 

Les morganes sont virtuellement éternelles, pourtant toutes meurent de la même façon. Rattrapées un jour par la mélancolie, se sachant traquées à jamais, épuisées et lasses, elle finissent par ressentir l’appel d’Albandisse et se rendent aux Haruspices dans un dernier sanglot.
Outre leur magie de l’Antélumie exposée dans le chapitre « La magie », les morganes possèdent de grandes compétences en matière de poisons, leur permettant entre autre d’en dissimuler dans leur maquillage. Ce sont également d’excellentes menteuses ainsi que de grandes oratrices pouvant déchaîner les passions et forcer leurs interlocuteurs à se taire pour écouter le moindre de leur murmures.
 
 

La morgane est un saisonin hermaphrodite pouvant changer de sexe en une seule nuit. Chacune adopte une forme de base qui lui convient. Dans la philosophie du Déclin, elle représente l'impermanence des sentiments et figure l'âme de l'automne.
 
 
 
 
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La Gazette du satyre Alraune

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